Mercredi, 8 Février 2012

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Interview d'Edwy Plenel sur la révolution numérique et le journalisme : « Il faut réinventer notre profession »

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Interview d'Edwy Plenel sur la révolution numérique et le journalisme : « Il faut réinventer notre profession »« Un vrai journal, un vrai contenu, de vrais reporters…  On approche des 50.000 abonnés » explique Edwy Plenel,  co-fondateur du site d’information générale Mediapart. Pour lui, « un journal doit rencontrer son époque » et la révolution numérique est en train d’ébranler quelques certitudes.

Pourquoi avoir créé Mediapart ?

On est partis d’une idée toute simple : la révolution numérique est un point de non-retour. C’est une révolution industrielle comme la machine à vapeur ou l’électricité. Elle a la même ampleur. Ce qui veut dire que plein de secteurs sont ébranlés dans leurs modèles économiques, commerciaux, dans la culture, les pratiques sociales, les objets nomades, le temps réel. Le journalisme vit cette crise de manière très profonde parce que le papier,  l’imprimerie et la distribution - les trois coûts principaux que vous payez quand vous achetez un journal - ne sont plus incontournables. Il fallait réinventer notre métier qui n’avait pas changé de modèle depuis pratiquement un siècle et demi.

Avec Mediapart, vous changez radicalement de support.  Internet, c’est « gratuit » et pourtant, vous fonctionnez par abonnement. Comment arriver à un point économique viable ?

Avec des contenus. Quand on s’est lancés il y a trois ans, Internet avait cette mauvaise réputation d’être superficiel, sans rigueur, l’instantanéité avant tout. On a voulu faire la démonstration qu’on peut, sur Internet, faire un journalisme de référence, approfondi et même meilleur que sur le papier ! Le web est l’univers du lien. On peut y mettre les preuves, les dossiers, les documentations, les réactions, les compléments, les rectificatifs. On peut faire un journalisme plus riche. La modernité, il faut l’épouser. Et on peut défendre le meilleur de la tradition. Notre métier est un métier d’offre. Si l’offre est au rendez-vous, originale, pertinente, exclusive, alors la demande sera là. L’idée était puriste à la base : on ne va dépendre que de nos lecteurs. Pas de publicité, pas d’autres revenus. On avait un petit capital et on devait le tenir le temps qu’on arrive à l’équilibre grâce à nos lecteurs. Mediapart a arrêté de perdre de l’argent depuis septembre 2010 et sera, non seulement à l’équilibre, mais aussi profitable cette année. Le journal a dépassé les 49.000 abonnés actifs payants, le même chiffre que les ventes d’un quotidien national comme Libération en novembre dernier.

Pour vous, le web permet un journalisme durable…

Oui, les archives sont toutes là, accessibles sur le long terme. Vous n’êtes pas dans un journal fermé. Internet nous remet, nous journalistes, à notre juste place. On a trop souvent pris la parole sans être à l’écoute du public. Ce qu’on doit mettre au cœur de notre boulot ce sont les faits, la vérité de fait. L’information précise, recoupée. La vérité qui va nourrir le débat public. Sans ces vérités de fait, il n’y a plus qu’un débat d’opinion.  Il faut qu’il y ait un écosystème de l’information avec toute la biodiversité nécessaire. Il faut inventer collectivement, ensemble. La démocratie il faut s’en occuper, s’en mêler. Si on ne s’en mêle pas, elle tombe en jachère.
Vous êtes très enthousiaste par rapport à cette révolution numérique. Serait-elle donc uniquement positive ?
Ce sont les usages sociaux qui rendent les choses positives. La technique n’est pas libératrice en soit. L’automobile ne nous libère pas, elle permet de se déplacer. Comme Internet permet que l’information circule. Mais l’automobile suppose aussi qu’on n’écrase pas les gens. Il faut réfléchir aux usages sociaux qu’on fait de tout ça. Internet, c’est la même chose : réfléchir à ce qu’on donne comme information mais aussi à la manière dont on la produit. Il faut saisir cette révolution technologique pour en faire le levier d’une révolution démocratique.

Stéphanie DELBART

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