Pour le premier débat du Figra 2007, Carine Carissoni, rédactrice en chef de l’hebdomadaire des 13-18 ans Les Clés de l’actualité, était accompagnée d’un invité de marque, Daniel Carton, auteur de Bien entendu, c’est off : Ce que les journalistes politiques ne vous racontent jamais.
Autour du thème médias et politique, cet ancien journaliste a livré sans détour son analyse de la situation actuelle devant un auditoire constitué pour la plupart de lycéens de la région mais aussi d’un conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais, invité surprise qui n’a pas manqué de faire savoir son désaccord avec les propos de M. Carton.
Comme dans une salle de classe, les quelques dizaines de lycéens présents se contentent d’écouter sans oser lever la main. L’invité d’honneur de ce débat, Daniel Carton, introduit son propos en comparant les relations entre médias et hommes politiques à celles d’une cour royale, les journalistes faisant office de courtisans, on l’aura compris : « C’est un petit milieu parisien, dans lequel journalistes et politiques évoluent ensemble et finissent par confondre leurs rôles. » Tout le monde en prend pour son grade, médias trop facilement manipulés et hommes politiques à la limite du machiavélisme.
Après un monologue pour le moins acerbe, une première voix s’élève. Il s’agit d’un conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais, un « élu du peuple qui travaille pour des indemnités de misère », comme il le fait remarqué. « C’est une image de la politique fausse et désespérante que vous donnez à ces jeunes », regrette-t-il. Avec conviction, il rejette la faute sur les médias : « Pour que l’on parle de nous dans les journaux il faut séduire et jouer le jeu. Mais il est presque impossible d’arriver à faire retranscrire le fruit de nos actions par les journalistes. La responsabilité de la presse est immense dans ce pays », conclut-il. Salve d’applaudissements. En reprenant la parole, Daniel Carton se défend d’accuser la classe politique toute entière et rappelle à l’assistance que « la majorité des élus fait correctement et honnêtement son travail, mais une cinquantaine d’entre eux pervertit la perception qu’ont les citoyens de la vie politique. Certains se jouent du système et par paresse ou manque de temps, les journalistes ne vont pas au fond des choses et se contentent de relayer l’image que les politiques veulent bien donner d’eux-mêmes ». Le débat est ouvert.
Sans tomber dans l’écueil du « tous pourris », Daniel Carton dresse un tableau peu engageant de la situation. A la décharge des journalistes il rappelle la pression financière qui pèsent sur la plupart des médias : « Les rédactions sont souvent tributaires de conseils régionaux ou d’actionnaires et ne peuvent pas faire correctement leur travail. » Voilà pourquoi Daniel Carton a préféré partir, de La Voix du Nord d’abord, dont « le bureau de Paris était dirigé par un adjoint de Jean-Marie Le Pen », puis de La Croix pour finalement arriver au Monde. Ce journal très respecté, il rêvait d’y entrer. Pourtant, il le quittera après avoir compris que « par le biais d’Alain Minc, Le Monde était au mains de Balladur puis de Sarkozy, toujours pour des question d’amitiés et d’aides financières. » Escale de quelques mois au Nouvel Observateur. En vain. Daniel Carton est un journaliste politique déçu : « Je suis parti de ces rédactions parce que je ne pouvais pas faire mon travail comme je l’entendais ».
Sur l’estrade comme dans le public on déplore le manque de sérieux dans les médias. « On ne parle pas des sujets de fond parce qu’on croit que les Français s’en fichent. Or, on sait bien que c’est faux puisque le débat sur la Constitution européenne a passionné les foules. Au final, si on ne traite pas les sujets en profondeur c’est surtout parce que ça emmerde les journalistes eux-mêmes ! », explique Daniel Carton.
Dans la salle, les jeunes sont perplexes. « Comment peut-on se faire une idée sur la politique si tout le monde ment et comment peut-on distinguer le vrai du faux, alors ? », demande une lycéenne. La réponse est sans ambiguïté : multiplier les sources d’information et finalement, faire le travail du journaliste à sa place. Seuls le Courrier International et France Info échappent à la critique générale.
Vient finalement le moment de donner des solutions pour changer les choses et inverser la tendance. Daniel Carton insiste sur le manque d’investigation : « Aujourd’hui, les journalistes ne vont plus au contact des gens. L’évolution technique du métier, avec Internet et le numérique, a eu un impact important sur leur manière de travailler. »
Encore bien remonté, notre élu régional reprend une dernière fois la parole en s’adressant aux jeunes : « Il faut bien comprendre que le but d’un journal est de faire des bénéfices. Beaucoup de grands médias sont aujourd’hui aux mains d’actionnaires. Dassault pour le Figaro, Rothschild pour Libération ou encore Lagardère pour TF1. La presse libre est devenue impossible dans ces conditions. ».
Pour conclure, Daniel Carton a tenu à mettre en garde la nouvelle génération : « Le journaliste doit se souvenir qu’il est un citoyen comme les autres. Il n’est qu’un spectateur privilégié car il est au premier rang, mais en aucun cas il ne doit monter sur scène. »
Marie Baudlot
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