Le Coup de pouce du Figra 2007, ce sont quatre premiers films documentaires d’étudiants de Master Pro des facultés françaises. Son but est de sensibiliser les producteurs et diffuseurs aux premiers films de jeunes réalisateurs. Mais comment devient-on réalisateur ? Et quelles impressions laisse un premier documentaire ? Rencontre avec Juliette Goursat et Clara Laplace, deux jeunes réalisatrices.
Juliette et Clara viennent de présenter au Figra leur premier documentaire. Pourtant, leurs parcours sont assez différents. Juliette Goursat a étudié la philosophie puis a rejoint Jussieu pour suivre un an de Master « Le documentaire, écriture du monde contemporain ». Clara, quant à elle, a suivi un Master Images à Bordeaux, appelé ISIC-IUP. Le documentaire de Juliette raconte la vie d’un cordiste (vitrier-acrobate) qui s’envole aussi par la poésie. Chez Clara, ce sont les immigrés d’Indochine qui racontent leur exil.
Quelle formation est nécessaire pour devenir réalisateur ?
Juliette Goursat : une formation n’est pas obligatoire, pour le peu qu’on soit intéressé un minimum par l’audiovisuel, avoir un goût pour l’écriture et l’image.
Clara Laplace : Je crois que ce que l’intérêt de l’école, en plus des notions théoriques qu’on nous apprend, c’est d’avoir accès au matériel nécessaire au tournage et au montage. Nous avons aussi des professionnels à disposition, même si pendant la réalisation, nous sommes souvent seuls.
J.G : Souvent livrés à soi-même…
C.L : La formation apporte aussi une connaissance de l’image, savoir pourquoi on filme une chose et de quelle manière. Il y a de la mise en scène même si nous sommes toujours confrontés à la réalité.
Justement, comment se passe la réalisation d’un premier documentaire ?
J.G : Un peu comme les suivants sans doute, il y a toujours énormément de préparation. Tout repose sur l’écriture, on n’arrive pas à un endroit par hasard.
C.L : Il y a presque un scénario ! Mais dans la réalité, les choses ne se passent pas comme écrit sur le papier…
Des anecdotes ?
C.L : Pour mon documentaire, j’avais prévenu les personnes qu’on allait débarquer avec une caméra pour filmer leur culte, les génies et danseuses en transe. Le jour du tournage, les gens ont avoué avoir pratiqué la cérémonie la veille parce qu’ils craignaient, finalement, que la caméra dérange le génie…
J.G : En ce qui me concerne, pour filmer un cordiste qui travaille dans le bâtiment, il faut savoir qu’il change toujours de lieu. Autrement dit, aucun repérage n’est possible… Il a aussi fallu négocier les autorisations ; une fille sur un chantier, c’est particulier ! En plus, avec tout l’attirail de sécurité, manier le matériel n’était pas facile. À certains moments, j’ai cru que le film ne se ferait pas.
C.L : Sans oublier les problèmes techniques. J’ai monté mon documentaire au moment des grèves concernant le CPE, mon lycée était bloqué et mon film, enfermé dans la fac. Ce n’est pas moi qui ai terminé le montage… assez frustrant.
J.G : Il faut aussi mentionner le recours au système D ! Quand on est étudiants, qu’on n’a pas de producteur, il faut se débrouiller sur tous les plans. Aussi bien en ce qui concerne les autorisations…
C.L : … ou juste les envies qu’on a par rapport à notre film. On voudrait un travelling mais ça coûte très cher, on utilise alors une chaise roulante pour presque avoir le même effet ! C’est comme ça qu’on apprend. Ça nous aidera plus tard, dans la vie professionnelle.
Comment percer en tant que réalisateur de documentaire ?
J.G : Déjà, est-ce qu’on peut vraiment percer ? On peut toujours trouver un moyen de financer un reportage… le vendre, c’est autre chose. En fait, j’ai l’impression qu’on vivote souvent dans ce métier. Et puis, d’un point de vue « réputation », les réalisateurs de docus qui passent à la télévision sont peu connus. Ceux qui sont projetés au cinéma, par contre…
Beaucoup de réalisateurs sont aussi producteurs. Ils financent leurs films et ceux des autres. C’est intéressant de confronter son principe de réalisation au principe de désir.
C.L : Le métier est très attirant. Il y a un côté aventure assez tentant. Les métiers de l’audiovisuel font rêver. Je crois que celui de réalisateur reste à part. On ne peut pas, selon moi, se prétendre réalisateur en sortant d’une école. Il faut une certaine maturité qu’on acquiert au fil des tournages, des déplacements sur le terrain… et des expériences de la vie !
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