« Tout artiste commence par le pastiche à travers quoi le génie se glisse, clandestin ». Ainsi s'exprima l'écrivain français André Malraux il y a plus de cinquante ans. Actuellement, de plus en plus de publications pastiches sont publiées en France.
Le Calamar décharné, Le Canicular échaudé, The Monde, Paris Moche... en sont quelques-unes. Accusées de parasitisme par les journaux originaux (Le Canard enchaîné, Le Monde...), elles revendiquent leur « génie » et leur droit d'exister en exhibant la rubrique « pastiche » à la Une. Depuis l'été, le journal satirique Le Canard enchaîné entretient une bataille juridique contre Le Canicular échaudé, un pastiche qui a, selon l'avocat du premier, « le même format, une maquette identique, des caractères semblables et une présentation des rubriques similaire ». Selon lui, il existe « un risque de confusion préjudiciable » avec Le Canard enchaîné. Le journal pastiche s'est défendu en alléguant qu'il ne s'agissait que d'une « satire de la satire ». De plus, on peut lire à la Une l'avertissement suivant : « Attention ! Ceci est un pastiche ! Toute ressemblance avec un hebdo satirique serait comme qui dirait fortuite ». L'arrêt du tribunal sera publié le 8 octobre. Aux dernières nouvelles, la rédaction du Canicular échaudé aurait décidé d'arrêter volontairement la publication de ce pastiche en le substituant par une publication similaire sous le titre du Casoar échappé.
Louis-Marie Horeau, journaliste au Canard enchaîné, avoue : « Ce type de parasitisme commercial est inadmissible. Nous ne sommes pas contre les pastiches, mais contre la tromperie. Nous avons reçu des centaines de courriels de nos lecteurs qui avaient acheté Le Canicular échaudé par erreur. Il y en a même certains qui nous ont demandé un remboursement. La Une est fort semblable et il y a beaucoup de gens qui achètent par habitude plusieurs publications en kiosque sans faire attention. C'est de l'escroquerie, ils vivent de nous ».
De l'autre côté, Stéphane de Rosnay, directeur des publications Le Canicular échaudé et Le Moode, tirées entre 15.000 et 30.000 exemplaires, explique: « Nous faisons ce travail pour nous amuser. La dernière Une du Moode, par exemple, annonce que Sarkozy est un extraterrestre. La publication pastiche doit absolument se servir de la provocation. Cette affaire n'est pas lucrative. C'est pourquoi ces publications sont éditées par de petites sociétés. Si nous voulions obtenir plus de rentabilité, nous ferions des revues sérieuses ».
Ce n'est pas le premier cas d'affrontement entre une publication « originale » et son pastiche. En mai 2003, le tribunal de grande instance de Nanterre a rejeté la plainte formulée par la société éditrice du magazine Entrevue contre la société Jalons éditions qui publie le pastiche Fientrevue. Le tribunal a considéré que cette publication visait à parodier le modèle dans un objectif humoristique. Fientrevue a continué à être publié.
Selon le Code de la Propriété intellectuelle (article L.1 22-5), « l'auteur ne peut interdire la parodie, le pastiche et la caricature [de son oeuvre] . Mais la législation est floue : d'un côté, elle autorise l'imitation du contenu et du style d'une publication (maquette, caractères, couleurs, etc.) ; de l'autre, selon l'article L.713-3, elle interdit l'imitation d'une marque sans autorisation du propriétaire « s'il peut en résulter un risque de confusion dans l'esprit du public ». Les éditeurs considèrent que ce style est d'une certaine façon une marque de fabrique dont le droit de la préserver leur appartient.
Mendelssohn s'amusa à écrire comme Bach ; Proust rédigea un pastiche basé sur l'oeuvre de son idole, Ruskin, ainsi que sur celles d'autres auteurs français, comme Balzac ou Flaubert. Le monde de la bande dessinée n'a pas échappé à cette mode : il existe des pastiches du renommé cowboy Lucky Luck ou des aventures du reporter Tintin. Contrefaçon pour les uns, une manière de s'amuser pour les autres, les pastiches entraînent toujours avec eux la polémique.
Visiter le site du Canard enchaîné : www.canardenchaine.com
Visiter le site du Monde : www.lemonde.fr
Visiter le site de Jalons éditions : www.jalons.fr
Visiter le site du magazine Entrevue : www.entrevue.fr
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