Lundi, 21 Mai 2012

Vous êtes ici : Actu Médias >> Articles >> La presse et les femmes
 

CFPJ CFPJ Médias : LA formation continue des journalistes
Lieu de transmission des expériences et de prospective de la profession.

La presse et les femmes

Envoyer Imprimer PDF
les femmes dans les médiasEn 1832, La Femme Libre devenait le premier journal écrit uniquement par des femmes. C'est le point de départ d'un long chemin rempli de succès mais aussi de déceptions : même si le nombre de femmes est en hausse dans le secteur du journalisme et de la communication, les hommes détiennent encore la plupart des postes clés dans ce secteur ; d'habitude, les femmes sont sous-représentées en tant que sources d'information et de décision. La brillante carrière de quelques femmes journalistes ne fait pas oublier que les inégalités sont monnaie courante. Les difficultés pour concilier vie privée et vie professionnelle sont la principale raison de cette situation.

Selon des chiffres de l'Association de Femmes Journalistes (France), 40% des journalistes sont des femmes, mais elles détiennent seulement 11% des postes de direction des médias. En outre, les médias d'information générale mentionnent 18% de femmes dans leurs articles contre 82 % d'hommes ; leur image est souvent stéréotypée sinon dégradée. Par contre, elles constituent 50% de l'audience potentielle.

De nombreuses associations de femmes ou des organismes internationaux comme l'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture) luttent pour obtenir un équilibrage des hommes et des femmes dans la nouvelle société de l'information. La féminisation dans ce secteur pendant les dernières années témoigne d'un éveil des consciences. La lutte de quelques femmes journalistes pour promouvoir une image non stéréotypée des femmes dans les médias commence à porter ses fruits. Enfin, l'exemple de quelques-unes d'entre elles, qui sont arrivées au plus haut de la hiérarchie médiatique, anticipe peut-être les tendances de l'avenir.

De journaliste à rédactrice en chef

Quelques femmes réussissent dans le monde du journalisme. Béatrice Delvaux, la première rédactrice en chef dans la presse quotidienne belge, est parmi elles. Quand Le Soir traversait une crise en 2001, la direction a pensé à elle pour lui confier les rennes du journal. Béatrice Delvaux témoigne de son expérience : « Je travaille au journal Le Soir depuis sa création et je n'ai jamais eu de problèmes avec mes collègues ou mes interlocuteurs. Ils deviennent parfois même protecteurs. Je remarque une évolution des mentalités et une tendance à la féminisation du journalisme, même si nous n'avons que deux ou trois femmes chefs de service sur trente personnes ».

La directrice en chef d'un des principaux journaux belges signale une possible cause : « Concilier vie familiale et vie professionnelle est très difficile, surtout dans ce métier. Mais pas seulement pour les femmes : il y a de plus en plus d'hommes qui doivent s'occuper de leurs enfants. En général, la femme se sent plus coupable, terriblement responsable de son travail et ses responsabilités familiales ». Enfin, Béatrice Delvaux confie que sa nomination est due à son talent, pas parce que « nommer à une femme comme rédactrice en chef donne une image progressiste au journal ». (Photo : Le soir/R. Milutin)

 

Des plate-formes d'action

L'UNESCO (Organisation des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture) est un des organismes qui luttent contre la discrimination des femmes. Il y a longtemps que cette organisation s'est engagée dans la défense des droits des femmes. Il faut signaler notamment la création d'une plate-forme d'action lors de la Quatrième Conférence Mondiale de Femmes de Beijing en 1995. De même, le 8 mars (Journée Internationale des Femmes), l'UNESCO fait appel à tous les médias depuis quelques années pour céder le poste de rédacteur en chef à une femme durant cette journée. Plusieurs médias du monde entier y participent. (Photo : UNESCO/D.Roger ; légende : Ethiopia - Addis Ababa - Radio station/ Control)


Tarja Turtia, l'une des responsables de la Section de Liberté d'Expression, Démocratie et Paix de l'UNESCO, raconte d'autres initiatives : « Nous faisons de notre mieux pour que les femmes puissent développer une vie professionnelle en général et dans les médias plus particulièrement. L'Afghanistan en est un bon exemple. L'UNESCO a soutenu la première chaîne de télévision communautaire, mise en place par des femmes afghanes. Elle commencera à émettre prochainement ».

Le « plafond de verre »

Malgré tous les efforts, Lydia Ruprecht, qui travaille dans la Section pour les femmes et l'égalité des sexes de l'UNESCO, avoue l'existence de plusieurs obstacles dans la valorisation de son travail : « C'est ce que nous appelons le plafond de verre, des barrières invisibles et subtiles systématiquement dressées. Les femmes occupent d'habitude un rôle subalterne dans les médias et travaillent dans des conditions précaires. En plus, elles ont des problèmes à faire reconnaître leurs compétences. Par exemple, quand le parcours professionnel d'une femme est fragmenté pour des raisons familiales, c'est vu comme un curriculum vitae érratique ».

Le manque de chiffres exacts sur l'égalité des sexes dans les médias est un des problèmes principaux. Cécile Grévobal est coordinatrice des Politiques dans le Lobby Européen des Femmes, association soutenue en grande partie par l'Union européenne et regroupant quelque 3.000 associations de femmes du monde entier : « Il n'existe presque pas de statistiques, de chiffres officiels sur les cas de discrimination, de différences de salaire ou même de harcèlements. Nous ne pouvons pas améliorer les choses sur un problème que nous ne connaissons pas en profondeur. »

Cécile Grévobal met en lumière certaines pressions de la part du monde médiatique: « Le Lobby Européen de Femmes avait proposé de réaliser un projet directif qui contenait une partie spécifique d'étude sur les femmes et les médias. Mais cette section a été supprimée dû aux pressions de quelques journaux, par exemple les grands tabloïds anglais, qui ne voulaient pas que Bruxelles examine le contenu des médias et la publicité ».

Si les emplois liés à l'information ne sont pas répartis d'une manière équitable, il est impossible de diffuser un message démocratique vers la société. Cette revendication des femmes journalistes est bien résumé par le sécrétaire général de l'ONU, Kofi Annan : « Je ne peux imaginer une seule question d'actualité qui n'intéresse pas les femmes. Les femmes sont aussi concernées que n'importe quel homme par la paix et la sécurité, par les droits de l'homme et par le développement. C'est pourquoi il est juste et même nécessaire que les femmes soient présentes pour couvrir ces problèmes, avec la même énergie et en aussi grand nombre que les hommes ».

Quelques liens :

- Visiter le site de l'Association de Femmes Journalistes (France) : www.femmes-journalistes.asso.fr
- Visiter le site de l'UNESCO : www.unesco.org
- Visiter le site de Le Soir : www.lesoir.be
- Visiter le site du Lobby Européen des Femmes : www.womenlobby.org/index2.htm
- Visiter le site de l'ONU : www.un.org
- Visiter le site de l'IWMF : www.iwmf.org

En savoir plus :

- Participation et l'accès des femmes aux médias et aux technologies de l'information et de la communication, contribution du Lobby Européen des Femmes à la Conférence Mondiale des Femmes, New York, 3-14 mars 2003
- Guidelines for gender-sensitive media reporting, UNESCO Publications
- Gender issues in the Information Society, UNESCO Publications for the World Summit on the Information Society 2003, Natasha Primo

A lire :

- "Dites-le avec des femmes", BARRE V. , Paris, CFD éditeur, 1999, p. 73-136. (Lire l'article)
- "L'emploi des femmes dans les médias : une histoire inachevée", GALLAGHER, Margaret et My von EULER, 1997, "Etudes et documents sur la communication ", Paris (France), Unesco,

2876 consultation(s)

Liens sponsorisés