Vendredi, 10 Février 2012

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Le bilan amer de la guerre contre le cancer

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Le bilan amer de la guerre contre le cancer[Projection FIGRA] Il y a plus de 30 ans, le président Nixon lançait la guerre contre le cancer. Aujourd’hui, les réalisateurs Thierry De Lestrade et Sylvie Gilman ont tenté de dresser le bilan mitigé d’une guerre et de ses investissements dans la recherche qui ont coûté jusqu’à présent plus de 200 milliards de dollars.


« Beaucoup de choses sont dites et deviennent des banalités » commente la voix off du documentaire « La guerre contre le cancer ». Ainsi, d’entrée de jeu, la réalité explose à la figure du téléspectateur : le cancer est une épidémie qui tue chaque année 6 millions de personnes. Chaque jour, 1500 Américains meurent de cette maladie. Soit un attentat du 11 septembre tous les jours. Le documentaire apprend à penser dans les proportions et tire ainsi sa légitimité pour poser des questions qui dérangent et bousculent. Nixon avait promis de remporter la guerre contre le cancer en 5 ans. À l’époque, il « suffit de rassembler les énergies et de bloquer les crédits ». Nixon est convaincu que rien ne résiste à l’homme, puisque l’homme lui-même vient de marcher sur la Lune.
Le terme « guerre » est employé. Un arsenal thérapeutique est créé. L’ennemi est désigné. Mais un doute apparaît : qui est véritablement cet ennemi ? De quoi est-il fait ? Le cancer, ses cellules folles et anarchiques, prennent le chef d’état en otage : comment les contrôler ? L’agenda politique ne sera jamais respecté. Le miracle arrive pourtant un jour grâce à l’étude des virus. On découvre que l’ennemi se cache dans le noyau de la cellule humaine. La vision qu’on a du cancer a changé. C’est la première pièce d’un puzzle gigantesque.

La prévention pour éradiquer ?

On découvre qu’à l’heure où les lobbies du tabac jouent sur la mode et l’image d’indépendance que donne la cigarette, il est possible de vaincre la maladie par la prévention. On tente de faire diminuer la consommation des fumeurs en leur apprenant que cela provoque le cancer. Mais bientôt, d’autres constats expliquent que tout peut être aussi lié au système endocrinien. Le tabac n’est plus la seule excuse. Faute de moyens et donc de volonté politique, la prévention est une arme non utilisée dans la guerre que l’Amérique avait lancée. (S’ajoutent à cela des rapports de force beaucoup trop nombreux entre les scientifiques. Les laboratoires sont des endroits emprunts de brutalité aucunement civilisés. Il n’y a pas d’angélisme de la science, explique le reportage.)
Le défaut majeur de la prévention, c’est qu’elle ne rapporte pas d’argent. Elle n’intéresse donc pas les groupes pharmaceutiques qui préfèrent tout miser sur le  « Glivec », médicament révolutionnaire. Révolutionnaire surtout grâce à ceci : le « Glivec » ne provoque pas d’effet secondaire…à condition qu’on le prenne à vie pour un montant de 2000€/mois. On comprend donc l’intérêt pharmaceutique ; entre 2004 et 2006, le chiffre d’affaires des traitements cancéreux a doublé.

« Ce que nous avons voulu souligner dans notre documentaire », déclare De Lestrade, « c’est la fuite, lors de cette guerre médicale et par ses recherches, vers l’infiniment petit d’une société qui évite de se regarder elle-même. Pour continuer la guerre, les généraux savent qu’il faut une bonne propagande. » Le film veut éclairer sur le fait que la recherche dépend beaucoup de la politique, de la direction qu’on attribue aux moyens financiers, … »
Thierry De Lestrade veut que son film initie le débat. « Pourquoi y a-t-il autant de cancers ? Comment en est-on arrivé là ? Que fait-on pour y remédier ? Ce sont les questions qu’on devrait se poser et que personne n’ose. Aucun homme politique ne veut se questionner. À long terme, il y aurait des problèmes de sécurité sociale. Il vaut mieux soigner un malade que d’éviter que quelqu’un attrape le cancer ! » Le documentaire n’a pas encore été diffusé. « Mon film est sur l’étagère d’une chaîne de télévision depuis 2 ans. Mon film ne passe pas ! Pourquoi n’est-il pas diffusable ? Parce qu’on veut nous raconter ce qu’on nous a toujours raconté, à savoir ‘ça ira mieux demain !’ » Le constat peut paraître cynique car beaucoup de malades patientent en coulisses, attendent la guérison. « Ce n’est pas Dysneyland », confie le réalisateur, « j’aurai préféré faire un reportage plus optimiste, peut-être même aller dans l’autre sens…mais ce n’est pas ce qu’il se passe réellement. »


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