Jeudi, 23 Mai 2013

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Médias et ONG : amis ou ennemis ?

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Les médias et les organisations humanitaires se retrouvent régulièrement sur les mêmes terrains. Que ce soit en zones de conflit ou lors d'une crise humanitaire majeure, reporters et personnel humanitaire sont amenés à se côtoyer. Quelles sont les limites de leur coopération ? Quelles sont leurs relations ?  Autant de questions abordées lors du débat Média et humanitaire : émotion ou information organisé dans le cadre du festival FIGRA. Cette rencontre a rassemblé des lycéens de la région et des professionnels du terrain. Autour de la modératrice Caroline Carissoni, rédactrice en chef des Clés de l'Actualité, Jean-Christophe Klotz (réalisateur d'AlterDoc), Sylvain Ogier (chargé de communication à Handicap International), Sophie Badéra (journaliste à Radio Okapi  Congo), Marine Jacquemin (grand reporter à TF1) et Pierre Guyot (producteur réalisateur) ont répondu aux nombreuses interrogations des étudiants. Compte-rendu.

Le débat démarre avec Marine Jacquemin (photo ci-contre), reporter chez TF1, qui a lancé une association suite à un reportage en Afghanistan : « Travailler pour les médias et l'humanitaire sont deux choses différentes mais l'un n'empêche pas l'autre. Lorsque, le soir, on a terminé son métier de journaliste et que l'on pose la caméra, rien ne nous interdit de nous investir dans une cause humanitaire ou associative à titre privé. C'est ainsi que j'ai récemment lancé une association de bénévoles. Nous allons ouvrir un hôpital à Kaboul dans une dizaine de jours. En tant que reporter pour une chaîne populaire, nous avons le pouvoir de faire passer des messages et de sensibiliser le public. Un mouvement de solidarité peut ainsi se lancer. C'est un juste retour de choses au regard de ces gens à qui on vole un sourire, une image, un visage lors de nos reportages. C'est notre moyen à nous de faire bouger les choses. »

Journalisme : non-assistance à personne en danger ?

Le public interpelle alors les journalistes sur les limites du métier. Quand doit-on arrêter de filmer ? Lorsqu'un journaliste assiste à une scène de catastrophe, doit-il poser sa caméra et porter secours à la population ou continuer de filmer ? Un difficile dilemme auquel Pierre Guyot (photo ci-contre), journaliste et réalisateur de Radio Okapi tente d'apporter une réponse : « La tentation peut arriver de vouloir déposer notre caméra et d'assister un blessé. Mais c'est une attitude personnelle. Filmer une catastrophe, c'est déjà apporter de l'aide. C'est mettre sous lumière une actualité du monde afin d'informer et de sensibiliser l'opinion publique. » Marine Jacquemin rebondit alors sur les propos de son confrère et remémore des images qui ont marqué des millions de téléspectateurs dans le monde entier : cette petite Colombienne agonisant dans des sables mouvants et mourant en direct à la télévision. « Ces images ont laissé une trace indélébile dans nos cSurs. Je me souviens bien du caméraman qui a filmé l'agonie en direct. Il était désespéré. Il ne savait pas quoi faire. Les secouristes attendaient désespérement une grue censée dégager l'enfant dont les jambes étaient bloquées sous une poutre de béton. Mais la grue n'est jamais arrivée. Entre deux prises de vue, l'équipe de télévision a tenté de dégager, en vain, l'enfant. À mon sens, ils ont bien fait de continuer de filmer. Ces images nous ont permis de mesurer l'ampleur de ce drame. Grâce à la détresse de cette gamine, on a mis un visage sur cette catastrophe. Elle a personnalisé les victimes. »

ONG et presse : même combat ?

La suite du débat s'articule sur la relation entre les journalistes et les organisations humanitaires. Les réactions fusent et parfois les avis s'opposent. Les journalistes ne profitent-ils pas des ONG ? Les ONG n'utilisent-elles pas les médias comme moyen de communication voire de propagande ? Sylvain Ogier d'Handicap International (photo ci-contre) s'empare du micro : « Beaucoup d'associations sont fortement liées au journalisme. Par exemple Action Contre la Faim et MSF ont été créées par des journalistes et des gens issus de l'associatif. Les journalistes et les humanitaires ont globalement une même expérience du terrain et une volonté parfois de travailler ensemble. Les ONG ont indéniablement besoin des médias afin de sensibiliser l'opinion publique. Mais les ONG ont parfois aussi des informations que les médias ne possèdent pas. » Sophie Badéra, journaliste congolaise à Radio Okapi, va dans le même sens. « Notre radio travaille avec beaucoup d'ONG qui ont parfois une présence logistique sur des terrains reculés. Ils nous facilitent l'accès à une actualité peu accessible. »

Télévision à l'image de son public

Après plusieurs questions sur les relations entre les journalistes et les ONG, les vraies questions se font de plus en plus discrètes. Elles laissent place aux critiques et aux doléances. De nombreuses voix se font entendre dans l'assistance : « Pourquoi les documentaires intéressants passent-ils tard en soirée, voire la nuit ? »; « Pourquoi certaines catastrophes humanitaires ne sont-elles abordées que quelques secondes à la télévision ? ». Jean-Christophe Klotz (photo ci-contre) livre son expérience en tant que réalisateur « Avec six de mes confrères, nous avons monté AlterDoc. Nous réalisons des reportages et des documentaires sur des actualités qui ne génèrent pas un audimat important. Ces images sont nécessaires mais elles ne trouvent pas leur place dans notre économie marchande car elles n'attirent pas assez de monde. On appelle cela la face cachée de la terre. Notre action s'inscrit donc presque dans une ligne de journalisme humanitaire. »
Pierre Guyot conclut le débat par une auto-critique et une critique des téléspectateurs. Pour lui, les journalistes et les réalisateurs doivent assumer leurs responsabilités et offrir une télévision plurielle en terme de choix d'information. Mais ce n'est pas toujours si facile : « Pour le documentaire Radio Okapi, j'ai frappé à de nombreuses portes. La plupart se sont refermées. Parfois on m'a fait comprendre plus ou moins clairement qu'un docu sur l'Afrique ferait baisser l'audimat. De l'autre côté, la télévision est aussi à l'image du public qui la regarde. Si certaines émissions pas toujours très intelligentes passent en prime-time, c'est qu'il y a un public pour les regarder. Le public a donc également son rôle à jouer. »

Photos : Nelly Flores/Figra
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