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Le Huitième mort de Tibhirine ou la mort d'un journaliste passée sous silence | Categorynet.com

Lundi, 22 Mars 2010

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Le Huitième mort de Tibhirine ou la mort d'un journaliste passée sous silence

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Le Huitième mort de Tibhirine ou la mort d'un journaliste passée sous silence Le Huitième mort de Tibhirine, aux éditions Tatamis, revient sur la mort inexpliquée de Didier Contant, journaliste qui enquêtait sur l’enlèvement et le meurtre des sept moines algériens en 1996. Sa compagne, Rina Sherman, a retracé jour après jour les événements qui ont mené Didier Contant jusqu’à sa mort. Entre incompréhension et indignation, Le Huitième mort de Tibhirine rappelle à tous combien la liberté d’expression est fragile.

A l’origine de ce livre, une femme : Rina Sherman. Elle a choisi de parler et non de se taire comme tous ont fini par le faire. Pourtant un grand reporter Français est mort, le 15 février 2004, à quelques rues des prestigieuses rédactions parisiennes. Didier Contant, journaliste de renom, a fait une chute mortelle d’un immeuble parisien alors qu’il s’apprêtait à publier son enquête sur le meurtre des sept moines de Tibhirine, en Algérie. Sa longue investigation sur le terrain l’avait amené à une autre conclusion que celle de certains de ses confrères parisiens, notamment deux journalistes de Canal +, cités à plusieurs reprises dans le livre, Jean-Baptiste Rivoire et Paul Moreira. Conspué par ceux-ci, accusé à tort de travailler pour les services secrets français et algériens et sur de simples allégations, Didier Contant est évincé des rédactions pour lesquelles il pigeait depuis des années, ses confrères leur déconseillant de publier son enquête. Pour Rina Sherman, c’est la raison de son suicide. Déshonoré et à bout de nerfs, ce journaliste n’a plus supporté l’humiliation professionnelle qu’il subissait et a préféré se donner la mort.

Une enquête minutieuse
Le Huitième mort de Tibhirine de Rina ShermanC’est avec une précision d’orfèvre que Rina Sherman reconstitue, étape par étape, le puzzle que constituent les derniers jours de la vie de son compagnon. Chaque supposition, affirmation ou interrogation de l’auteur est justifiée par une source, toujours citée avec une extrême exactitude. Il s’agit pour elle de faire éclater la vérité au grand jour et non de prendre sa revanche.
Rina Sherman veut découvrir la vérité et comprendre pourquoi Didier Contant est mort. Le Huitième mort de Tibhirine, ce sont deux ans d’enquête retracés minutieusement. Cinéaste et anthropologue, Rina Sherman n’a eu d’autre choix que de s’improviser journaliste et investigatrice : « J’étais seule dans la contre-enquête que j’ai effectué pour élucider les circonstances de la mort de Didier Contant, explique l’auteur. Ce fut un immense choc pour moi de constater l’attitude de couardise des journalistes (tout comme celle des avocats et de certains défenseurs de droits de l’homme) face à ce décès. Oui, de façon inconditionnelle, ce travail de contre-enquête aurait dû être fait par des journalistes. Je suis cinéaste, chercheur en anthropologie et écrivain. Il est facile d’imaginer, je crois, la difficulté que j’ai éprouvée à effectuer ce travail. »

A mesure que les pages du livre se tournent, il est effectivement troublant de comprendre avec quelle facilité les journalistes ont déserté le terrain et laissé Rina Sherman seule devant cette incompréhension : « Lors des obsèques de Didier Contant, où le gratin du métier était réuni, de nombreux journalistes m’ont assuré qu’ils mèneraient une contre-enquête, qu’ils ne laisseraient pas passer cela. Le temps pour moi de retourner en Namibie pour plier bagage et, à mon retour, toutes les bouches étaient cousues. L’un craignait pour sa prochaine pige, l’autre protégeait son copain, un autre encore me disait qu’il était simple journaliste, il faisait son boulot, sans plus. »

« La mort de Didier Contant est liée à la manière dont il pratiquait sa profession »
Pour Rina Sherman, « que la mort de Didier Contant soit officiellement considérée comme un suicide ou pas, il y a suffisamment d’indices prouvant qu’il était soumis à une grande angoisse psychologique en raison des attaques dont il était l’objet. Sa mort est liée aux opinions qu’il défendait et à la manière dont il pratiquait sa profession. L’attitude de certains de ses confrères semble confirmer qu’ils l’ont exclu parce qu’il avançait une théorie dérangeante ».

Didier Contant affirmait que le meurtre des sept moines était bien le fait du GIA (Groupe Islamiste Armé). En face de lui, « des lobbies composés de journalistes, d’éditeurs, d’avocats et d’organisations de droits de l’homme », dont le fameux lobby du « Qui tue qui ? », soutenaient la thèse selon laquelle l’armée algérienne aurait joué un rôle majeur dans l’enlèvement des moines, avec comme seule et unique preuve le témoignage d’un sous-officier transfuge de l’armée algérienne, Abdelkader Tigha.

Dans une des lettres écrites peu avant sa mort pour informer ses amis et collègues de la gravité des accusations portées contre lui, Didier Contant écrit : « J’ai les preuves définitives et indiscutables que les moines ont été enlevés par un groupe du GIA : j’ai rencontré et interviewé un témoin enlevé la même nuit et racontant leur captivité en montagne dans une cache du GIA. (…) Ceci s’ajoute au témoignage du gardien du monastère. » Non content d’avoir toutes les preuves nécessaires pour soutenir sa thèse, Didier Contant s’est également renseigné sur le fameux témoin, Tigha, notamment en rencontrant sa femme. Dès lors, de multiples questions restent sans réponse satisfaisante : pourquoi une telle enquête a-t-elle été refusée ? Comment cette campagne calomnieuse à l’encontre du journaliste a-t-elle pu se substituer aux fruits de son travail ?

« Ce qui est arrivé à Didier Contant peut arriver à n’importe quel autre journaliste »
A travers Le Huitième mort de Tibhirine, Rina Sherman a également voulu mettre en garde sur le fait qu’« il n’existe pas de juridiction de référence, ni d’Ordre ou de Conseil de la presse. Sans organisme d’autorité, il ne peut y avoir de réponse satisfaisant à l’exigence d’une éthique déontologique ». En parlant de la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels, l’auteur déplore son incapacité à prendre des mesures à l’encontre des journalistes : « Il n’y a donc aucune règle professionnelle dont la violation peut entraîner une sanction, voire une exclusion en cas de faute professionnelle grave. » Après des mois d’enquête fastidieux, après s’être heurtée au silence complice de certains et aux nombreuses portes restées fermées, Rina Sherman a su démontrer les incohérences du drame humain et professionnel qu’a pu vivre Didier Contant. Scandalisée par la mort d’un journaliste professionnel et méticuleux, elle rappelle à tous et avec force que « Didier Contant faisait simplement un travail de journaliste. Il n’était en rien militant pour une cause ou une autre. Ce qui est arrivé à Didier peut arriver à n’importe quel autre journaliste, aujourd’hui, demain ».

« Ce n’est pas fini »
A plusieurs reprises dans son livre Rina Sherman mentionne la réaction de certains de ses interlocuteurs face à son inconditionnel besoin de vérité : il faut tourner la page, passer à autre chose. Impossible. « J’en suis à vivre avec cette tragédie humaine. On n’en fait pas le deuil, on ne surmonte pas, on n’apprend pas à vivre avec, on le vit de fait, en sursis, de jour en jour, 24/24h. ».

Rina Sherman continue de se battre pour comprendre et faire comprendre à tous ce qui est arrivé à Didier Contant. L’auteur a pour projet, entre autres, de faire traduire en anglais Le Huitième mort de Tibhirine et de l’adapter au cinéma.
« Aujourd’hui, j’ai plus d’énergie et comme un retour d’élan par moments, et j’en suis plus que contente », affirme-t-elle comme pour dire à tous ceux qui voudraient voir l’affaire étouffée : « Ce n’est pas fini ».

Marie Baudlot

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