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Correspondant Local de Presse

Publié : 09 déc. 2012, 15:54
par Billy95
Bonjour à tous,

Étant Correspondant Local de Presse pour le journal Le Progrès (Rhône), je ne suis malheureusement pas pigiste pour autant.

J'ai écris beaucoup de papiers pour eux, et je travaille avec ce journal depuis près de 2 ans.

Cependant, aucun contrat n'a été signé et je ne reçois jamais de fiches de paie ... Je m'inquiète pour mon "poste" car j'ai bien peur un jour ils me remercient et mettent fin à notre collaboration, sans pour autant que j'ai eu des preuves de ce travail chez eux, étant donné qu'il n'y a ni contrat, ni fiche de paie.

J'ai simplement des virements différés sur mon compte pour chaque mois travaillé.

Déjà, ma situation est-elle légale ?

Comment pourrais-je faire valoir mes droits afin d'obtenir des documents qui prouvent que je travaille bien chez eux ?

Mes articles sont passés dans le journal et il n'y a quasiment jamais mon nom qui est mentionné en bas de l'article. La seule source affichée est lorsque j'ai mis une photo à mon papier, mon nom est indiqué en source mais rien ne prouve que c'est bien moi qui ait écrit l'article ...

Merci pour votre aide !

Re: Correspondant Local de Presse

Publié : 10 déc. 2012, 16:22
par Climousse
Bonjour Billy95,

Tout d'abord, tu devrais effectuer une recherche dans les archives avec les mots clés "CLP" ou "correspondant local de presse", tu constateras que beaucoup de choses ont déjà été écrites sur le sujet qui consistent, pour l'essentiel, à avertir les intéressés des chausse-trappes de ce statut.

Pour rappel, le CLP n'est pas un journaliste (est journaliste une personne qui tire l'essentiel de ses revenus du journalisme, revenus qui doivent être versés en salaire, cf Code du travail et convention collective de travail des journalistes, tu trouveras tout ça sur le site du SNJ, par exemple, ou sur Legifrance). A l'inverse, l'activité de CLP ne peut être qu'une activité accessoire. Elle est payée en honoraires (donc sans cotisations, sans protection etc).

Pour essayer de répondre à tes questions, je dirais que ta situation est assez courante : de nombreux CLP contribuent pendant de longues périodes, de façon plus ou moins intensive, à des titres de presse locale et régionale. Jusque là, rien d'illégal : un boucher, une institutrice, un chômeur, une retraitée, un étudiant, un père au foyer peuvent tout à fait avoir envie de couvrir le bal des pompiers ou le conseil municipal de leur bled pendant des années. Bien sûr, n'étant liés par aucun contrat ni, en théorie, par aucun lien de subordination (activité libérale), le CLP comme la publication peuvent tout à fait, du jour au lendemain, décider d'interrompre la collaboration. En toute légalité, ça se produit fréquemment (déménagement, lassitude, changement d'activité professionnelle...).

Les choses se compliquent :
- pour le CLP, quand ses honoraires dépassent un certain plafond (pourcentage du plafond de la Sécurité sociale, à vérifier), car il doit alors, sur ses (maigres) émoluments, s'acquitter de cotisations sociales,
- pour le titre en théorie mais plutôt pour le CLP en pratique, quand la collaboration excessivement fructueuse du CLP tend à faire de lui un faux CLP, exerçant de fait une activité de journaliste déguisée (à la limite du travail au noir).

Pour résumer : le statut de CLP, pourquoi pas, comme ça pour s'amuser, en parallèle des études, pour se faire un peu la main dans la perspective des concours d'écoles de journalisme, mais pas en lieu et place de journalistes professionnels payés comme tels (et ce, autant pour le bien des CLP que pour celui de la profession). Et surtout pas (comme cela arrive malheureusement trop souvent !) pour des pigistes en mal de collaborations salariées.

Si bien que :
Billy95 a écrit :Déjà, ma situation est-elle légale ?
Oui... et non à la fois. (Par exemple si tu viens travailler dans les locaux du journal, si tu reçois des directives précises de la rédaction, si tu es tenu à un certain niveau de production, cela peut s'apparenter à du travail dissimulé.)
Billy95 a écrit :aucun contrat n'a été signé et je ne reçois jamais de fiches de paie...
Normal car tu n'es pas salarié.
Billy95 a écrit :Je m'inquiète pour mon "poste" car j'ai bien peur un jour ils me remercient et mettent fin à notre collaboration, sans pour autant que j'ai eu des preuves de ce travail chez eux, étant donné qu'il n'y a ni contrat, ni fiche de paie.
Comme tu n'es pas salarié, le journal n'est tenu à rien vis-à-vis de toi (mises à part la courtoisie, la délicatesse etc, mais c'est rare dans ce domaine), et peut interrompre la collaboration, la faire fluctuer à loisir etc.
Billy95 a écrit :Comment pourrais-je faire valoir mes droits afin d'obtenir des documents qui prouvent que je travaille bien chez eux ?
Le journal ne te fournit-il pas au moins des notes d'honoraires, pour que tu saches ce qui t'a été payé ? Cela peut constituer une preuve... mais une preuve de quoi ? Et dans quel but ?
Billy95 a écrit :Mes articles sont passés dans le journal et il n'y a quasiment jamais mon nom qui est mentionné en bas de l'article. La seule source affichée est lorsque j'ai mis une photo à mon papier, mon nom est indiqué en source mais rien ne prouve que c'est bien moi qui ait écrit l'article...
Je ne connais pas les règles en la matière. Je ne connais que celles qui s'appliquent aux journalistes... et donc pas aux CLP. Mais je ne trouve pas ça très correct de la part du journal. Ne peux-tu pas en discuter avec ton interlocuteur dans le canard ? En faisant valoir ton ancienneté, la qualité de tes contributions, ou l'étendue de ton réseau sur ton secteur ?

J'ajoute que plusieurs CLP ont intenté ces dernières années des actions en justice (prud'hommes) pour obtenir la reconnaissance du statut de journaliste. Certains ont gagné, d'autres ont ramassé un joli pactole au stade de la conciliation, bref, c'est un domaine prodigue en situations aberrantes... mais qui malheureusement ne passionne pas les syndicats (encore que certains élus, notamment au SNJ de Publihebdos, aient porté des dossiers).

J'espère avoir répondu (correctement, tant qu'à faire) à tes questions.

Bon courage !

Re: Correspondant Local de Presse

Publié : 10 déc. 2012, 18:20
par Billy95
Salut Climousse,

Merci d'avoir pris le temps de répondre à mon message ! C'est sympa, et cela me permet d'y voir plus clair.
Climousse a écrit :
Billy95 a écrit :Comment pourrais-je faire valoir mes droits afin d'obtenir des documents qui prouvent que je travaille bien chez eux ?
Le journal ne te fournit-il pas au moins des notes d'honoraires, pour que tu saches ce qui t'a été payé ? Cela peut constituer une preuve... mais une preuve de quoi ? Et dans quel but ?
Hélàs non, il n'y a pas de notes d'honoraires ... Je souhaite quand même conserver des preuves à titre personnel de cette collaboration. Car cela peut toujours servir, notamment dans le secteur du travail à prouver que j'ai bien travaillé avec ce canard.
Climousse a écrit :
Billy95 a écrit :Mes articles sont passés dans le journal et il n'y a quasiment jamais mon nom qui est mentionné en bas de l'article. La seule source affichée est lorsque j'ai mis une photo à mon papier, mon nom est indiqué en source mais rien ne prouve que c'est bien moi qui ait écrit l'article...
Je ne connais pas les règles en la matière. Je ne connais que celles qui s'appliquent aux journalistes... et donc pas aux CLP. Mais je ne trouve pas ça très correct de la part du journal. Ne peux-tu pas en discuter avec ton interlocuteur dans le canard ? En faisant valoir ton ancienneté, la qualité de tes contributions, ou l'étendue de ton réseau sur ton secteur ?
Hélàs déjà tenté, et je me suis pris un beau vent ... Ils m'ont répondu que seuls les journalistes peuvent avoir leur signature dans le journal. Cependant j'ai remarqué à plusieurs reprises que certains CLP étaient mentionnés en bas de certains articles : "De notre correspondant local de presse XX YY". Il doit donc y avoir des préférences :(
Climousse a écrit :J'ajoute que plusieurs CLP ont intenté ces dernières années des actions en justice (prud'hommes) pour obtenir la reconnaissance du statut de journaliste. Certains ont gagné, d'autres ont ramassé un joli pactole au stade de la conciliation, bref, c'est un domaine prodigue en situations aberrantes... mais qui malheureusement ne passionne pas les syndicats (encore que certains élus, notamment au SNJ de Publihebdos, aient porté des dossiers).
Ah oui ? Penses-tu que cela vaille le coup de tenter les prud'hommes ? Sur quel base étant donné qu'il n'y a pas de fiches de paie. Et pour demander quoi exactement ? Une augmentation des salaires ? Une meilleure considération du travail ? J'envoie plein de papiers qui ne paraissent hélàs pas. Par ailleurs, souvent mes papiers sont piqués par un journaliste pro dans le domaine où je travaille mais je n'ai aucune preuve de cela pour l'avancer ... Cela ne s'est pas produit qu'une seule fois, c'est pour cela que j'ai des doutes quand même face à cette situation de plagiat.

Merci encore Climousse !

Re: Correspondant Local de Presse

Publié : 10 déc. 2012, 19:50
par Oropher Of Dorthonion
Bon, Billy, je viens apporter quelques précisions. J'ai été moi-même correspondant local pour Le Progrès (tu es dans quel village et tu dépends de quelle agence? :D )

Tout d'abord, Climousse est l'une des meilleures personnes pour te répondre je pense. J'ai appris des choses en lisant son post, notamment sur celles où j'avais des doutes comme les cotisations etc. Reste que quand j'étais CLP, je m'en foutais un peu des cotisations et tout le bordel donc je m'étais jamais vraiment renseigné.

Pour ce qui est des fiches d'honoraires: quand j'y étais, ils n'étaient pas encore passés à Eidos et au traitement automatisé des CLP. Chaque mois, je devais surveiller mes articles et les découper dans le journal, puis remplir une fiche rose et l'apporter avec mes articles à l'agence. Dans cette fiche étaient consignés le nombre d'articles que j'avais fait, leur catégorie, le nombre de photos etc. Je voyais ainsi le nombre de points que cela me faisait et ça me permettait de savoir à peu près combien j'allais toucher. Je n'ai plus ces fiches, mais ils les ont peut-être quelque part à l'agence ou dans des archives au siège... Aujourd'hui, avec le traitement automatisé, essaie de voir pour demander une preuve de virement ou de paiement ou un truc du genre... Au pire, tu auras l'historique de ton compte bancaire si tu en as besoin un jour, où ce sera écrit "Virement Le Progrès ..."

Pour ce qui est de la signature: non, ça c'est une idée fausse qu'il faut vraiment vous enlever de la tête les correspondants: il n'y a pas de préférences entre les corres d'un journal. Ce qui fait qu'on met ou pas la signature (en général, et d'après ce que j'ai vu dans les 5 journaux PQR où j'ai travaillé), c'est si le papier est très bon, si l'événement mérite qu'on mette le nom parce qu'il a nécessité un certain travail de fond de la part du corres (attention, le travail de fond d'un corres ne s'apparente pas à celui d'un journaliste, mais on estime que le corres a été plus loin que d'habitude/que les autres etc.). Je suis d'accord pour dire qu'il pourra y avoir des différences avec des corres de grosses communes qui pourront voir leurs noms plus souvent en bas de leur article, mais cela va de pair avec l'importance des événements qu'il y a dans une grosse commune etc. Reste que dans Le Progrès, la photo est toujours signée quand c'est le corres, du coup ça permet quand même d'avoir son nom quelque part :P

Pour le nombre de papiers que tu envoies, au lieu d'en envoyer des tonnes, voit avec la rédac quels papiers tu peux leur proposer et s'ils les acceptent ou non, s'ils te réservent une place quelque part ou s'ils peuvent prévoir une date de parution. Ca sert à rien d'envoyer des tonnes de papiers si tu t'es pas mis d'accord avec la rédac, ils seront submergés et yen a d'autres à passer. Pour ce qui est du fait que les journalistes te piquent ton sujet, ça craint sérieux... Pour éviter cela, évite de leur envoyer des papiers tout fait ;)

Voilà ce que je peux dire, rapidement (je passe en coup de vent). J'espère t'avoir éclairé sur certains points de fonctionnement qui nous échappent quand on est que CLP. Si tu as d'autres questions, n'hésite pas!

Re: Correspondant Local de Presse

Publié : 11 déc. 2012, 09:24
par cilou
Bonjour,

Petit conseil : fais-toi un "press book", un classeur où tu mets tous les articles que tu as rédigés, signés ou pas. Ca peut te servir le jour où tu démarches une autre rédaction (pour devenir un vrai pigiste, pas CLP), et aussi si un jour tu souhaites poursuivre cet employeur aux prud'hommes. Et si en plus tu arrives à faire correspondre les papiers et les payements correspondants, ça commence à constituer une preuve de ton travail pour ce journal. Garde aussi tous les mails où la rédaction te demande un papier, où elle te donne des consignes sur l'angle ou la manière de rédiger : dès qu'il y a un "lien de subordination" (c'est le terme juridique), tu dois être salarié. Or, des consignes de ton employeur constituent une présomption de lien de subordination.

Re: Correspondant Local de Presse

Publié : 11 déc. 2012, 17:43
par Billy95
Salut Oropher Of Dorthonion !

Je ne viens pas d'un village mais de la capitale des Gaules :mrgreen:
Oropher Of Dorthonion a écrit :Pour ce qui est des fiches d'honoraires: quand j'y étais, ils n'étaient pas encore passés à Eidos et au traitement automatisé des CLP. Chaque mois, je devais surveiller mes articles et les découper dans le journal, puis remplir une fiche rose et l'apporter avec mes articles à l'agence. Dans cette fiche étaient consignés le nombre d'articles que j'avais fait, leur catégorie, le nombre de photos etc. Je voyais ainsi le nombre de points que cela me faisait et ça me permettait de savoir à peu près combien j'allais toucher. Je n'ai plus ces fiches, mais ils les ont peut-être quelque part à l'agence ou dans des archives au siège... Aujourd'hui, avec le traitement automatisé, essaie de voir pour demander une preuve de virement ou de paiement ou un truc du genre... Au pire, tu auras l'historique de ton compte bancaire si tu en as besoin un jour, où ce sera écrit "Virement Le Progrès ..."
Ah bon, il y a un traitement automatisé ? Parce que chaque mois je dois surveiller mes articles avec le journal en PDF, faire un relevé sur Word, remplir la fiche blanche de CLP et leur renvoyer le tout par voie postale, à mes frais chaque mois ...
Oropher Of Dorthonion a écrit :Pour le nombre de papiers que tu envoies, au lieu d'en envoyer des tonnes, voit avec la rédac quels papiers tu peux leur proposer et s'ils les acceptent ou non, s'ils te réservent une place quelque part ou s'ils peuvent prévoir une date de parution. Ca sert à rien d'envoyer des tonnes de papiers si tu t'es pas mis d'accord avec la rédac, ils seront submergés et yen a d'autres à passer.
J'en envoie pas de tonnes, juste une dizaine par mois, voir une vingtaine. Et là dessus ils ne paraissent pas tous ... J'ai contacté la "chef" CLP qui m'a indiqué que comme mes papiers n'étaient pas une exclusivité du Progrès et trouvable sur Internet, ce n'était vraiment pas prioritaire. J'ai envoyé des papiers mi-Novembre dont j'attends encore la parution :(
cilou a écrit :Petit conseil : fais-toi un "press book", un classeur où tu mets tous les articles que tu as rédigés, signés ou pas. Ca peut te servir le jour où tu démarches une autre rédaction (pour devenir un vrai pigiste, pas CLP), et aussi si un jour tu souhaites poursuivre cet employeur aux prud'hommes.
Merci du conseil ! J'ai tous mes articles au chaud dans un dossier de mon ordinateur (avec quelques copies en externe) :)
cilou a écrit :Et si en plus tu arrives à faire correspondre les papiers et les payements correspondants, ça commence à constituer une preuve de ton travail pour ce journal.
Pas faux ! Je vais tenter de faire ce fameux press-book quand j'aurais deux minutes :)

Re: Correspondant Local de Presse

Publié : 12 déc. 2012, 17:45
par RusselPrice
Salut Billy 95,
Des articles au chaud dans un dossier de ton PC ne seront jamais une preuve de publication. Par contre, de braves photocopies des articles publiés ou, mieux, des pages en pdf feront bien mieux l'affaire.
Climousse et Oropher t'ont parfaitement résumé la situation. La seule précision que j'apporterais est qu'une démarche de reconnaissance de ton poste te conduira dans 99% des cas à cesser toute collaboration avec Le Progrès. On n'en meurt pas, mais faut savoir ou tu mets les pieds.

Russel (qui a décroché sa 1ère carte de presse il y a 7 ans avec un dossier de photocopies idoine, envoyé à la CCIJP)