Vision du journalisme

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Jesky31
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Vision du journalisme

Message non lu par Jesky31 » 30 sept. 2014, 01:04

Bonsoir ou bonjour, en fonction de l'heure à laquelle vous lirez ce post.
Cela me fait drôle de revenir sur ces forums où je ne suis pas venu depuis juillet 2010. Une éternité en somme.
Plus de quatre ans après ma dernière connexion, j'avais envie de vous offrir ma vision du journalisme. Ce noble métier que j'ai tant désiré et que je n'ai jamais failli exercé, pour diverses raisons. Il y a quatre ans, j'étais fataliste. Après un nouvel échec aux concours des grandes écoles, je m'étais résolu à ne jamais mettre un pied dans la profession. Et pourtant ! Oui, et pourtant ! Beaucoup de choses ont changé depuis. Ces échecs ont été bénéfiques pour moi.
En quoi diront certaines personnes qui désirent tant rentrer dans ces écoles prestigieuses ? Tout simplement parce que je me suis tourné vers un contrat de professionnalisation. Un contrat proposé à l'ESJ Lille, qui a (ou qui avait) une antenne à Montpellier. Après la réussite d'un concours somme toute facile, l'école m'a proposé de trouver une entreprise de presse afin d'exercer un contrat en alternance durant deux ans. Chose simple sur le papier, mais peu évidente en réalité. Après trois mois à essuyer les refus, l'école m'a fait parvenir une offre d'un quotidien local basé dans une ville de 30 000 habitants du sud de la France. Là encore, j'ai dû batailler pour pouvoir entrer dans ce journal, où il s'est avéré que j'étais en concurrence avec une autre personne désireuse de travailler pour ce canard.
Par chance, parce que ça relève un petit peu de cela, j'ai réussi à convaincre mes supérieurs. Après un stage de 15 jours à mes frais et non rémunéré. Que serait-il arriver si on ne m'avait pas choisi ? Bref...
Nous sommes en janvier 2011 et je démarre une aventure de deux ans entre ce petit patelin et Paris, lieu de ma formation, organisée tous les deux mois sur une période de 15 jours. Que retenir de cette expérience ?
Côté cours, l'aspect discussion et non cours magistral m'a beaucoup aidé. Grâce à un formateur de génie, j'ai réussi à attraper les ficelles du métier, celles que je ne soupçonnais pas avant d'amorcer cette carrière. Aidés d'intervenants, nos cours nous ont permis de se frotter à beaucoup d'aspect du journalisme actuel. Je pense notamment au montage vidéo, dont je me sers de temps à autre à l'heure actuelle dans mon nouvel environnement professionnel. Quant à mon expérience sur le terrain...comment dire ? Elle fût bénéfique elle aussi, sur le plan professionnel et au niveau de mon caractère.
Car l'inconvénient du contrat professionnel, c'est qu'on vous voit soit comme un véritable pro soit comme un débutant à qui on ne fait pas confiance. Bien qu'aidés par mes collègues de l'époque, j'ai eu du mal à faire comprendre à certains de ces supérieurs que j'allais devenir moi aussi un journaliste. Et j'estime, avec le recul, qu'il faut avoir un sacré caractère pour ne pas se laisser marcher sur les pieds. Si ce type de contrat a un avantage, c'est bien celui de vous plonger dans le monde de l'entreprise, et qui plus est du journalisme.
Comme vous vous en doutez, ce type de contrat signifie main d'oeuvre peu chère pour le journal. Un petit jeune payé au SMIC (et encore, seulement parce que j'avais 26 ans) et qui doit abattre le travail d'un journaliste en place. Sympa. Avec à l'issue de ce contrat, aucune perspective d'embauche et remplacé...par un autre jeune en contrat pro.
Une décision à laquelle on s'attend mais qu'on refuse d'entendre pendant deux ans, espérant être l'exception. Celui qui n'aura pas droit au même sort que les autres. La déception fût grande, la suite quelque peu déprimante. Mais pas pour très longtemps.
Mon contrat s'achève en janvier 2013. Fini la vie dans ce coin perdu de France. Retour à la dure réalité de recherche d'un contrat. Un contrat qui viendra après deux mois d'attente, dans un grand quotidien régional du sud de la France. Et là, la découverte d'un autre fonctionnement. La répétition des CDD de plus ou moins long terme. Un enchaînement de "missions" qui continue, presque usant après quatre ans à bourlinguer à droite à gauche.
Alors oui, le contrat de professionnalisation m'a permis de rentrer "enfin" dans la profession. Il faut voir quels sont les sacrifices à faire pour se tailler une place dans cette part du gâteau qui diminue à vue d'oeil. Tombé dans la mauvais période, celle de la crise de la presse écrite. Et celle de la crise tout court.
Ce qui m'amène à réfléchir sur les perspectives d'avenir dans cette profession. Et de voir sur ce forum ou sur la page Facebook de Categorynet des personnes à la recherche de piges, de contrats.
Ne faudrait-il pas fermer le robinet de ces formations qui vous promettent toute de devenir journalistes à l'issue de vos études ? Avec la diminution des postes, où va-t-on aller ? Vers 75 % de la profession inscrits sur les listes de Pôle Emploi ?
Je m'interroge, et ne remets pas en question ma formation. Mais quand je me retourne sur mon jeune parcours, je m'inquiète, je me questionne. Il faudra toujours des journalistes. Mais à quel prix ? Pour combien de personnes sacrifiées ?
bobardgum

Re: Vision du journalisme

Message non lu par bobardgum » 30 sept. 2014, 12:19

Votre expérience est intéressante et vous évoquez avec pertinence la galère parcourue avant d'aboutir au saint graal : un job modestement payé où l'on ne compte pas ses heures, une intégration à la force du poignet et où vous souffrez, déjà, de l'indifférence de vos chers collègues quand il ne s'agit pas, pour certains d'entre eux du moins, de mépris.

Ces réactions si humaines ce sont des sentiments de peur qui débouchent, même chez des gens instruits ou réputés instruits, sur une crainte de voir le petit jeune monter dans la hiérarchie ou prendre le job qui était dévolu à un autre. Je vous félicite pour votre courage qui vous a permis de vous faire une place au soleil. Mais soyons réaliste. Aujourd'hui, la PQR et la PHR n'embauchent plus que des jeunes comme vous en les sous-payant puisque ces derniers sont rémunérés au premier échelon, votre parcours n'a donc rien d'illogique. A mon sens, et même si la presse écrite est en crise, il est plus facile d'y faire sa place pour un "jeune" que pour un "vieux". Et pour le vieux les conséquences ne sont pas les mêmes que pour le jeune. Car, que faire après 40 ans, quand on vient d'enchaîner plusieurs contrats en CDD ? La réponse : rien. Par contre, je suis d'accord sur les formations dispensées par les écoles. Beaucoup d'entre elles, et même celle reconnues par la profession devraient être supprimées. Mais bon, je doute que ces décideurs prennent l'option de scier la branche sur laquelle ils sont confortablement assis. Et que feraient-ils après ? Rien. Ces patrons d’école ont eux aussi dépassé la quarantaine et ne savent rien faire d’autre que de dispenser des cours et autres formations inutiles…
Ceci étant dit, on voit bien aussi que l'aide de votre école a été déterminante pour l'obtention du contrat de professionalisation. C'est la seule aide sérieuse qui vous a été apportée. Au cours de mes différentes expériences professionnelles j'ai pu me rendre compte combien ces diplômes ne servaient à rien. En PHR, on constate d'ailleurs que la plupart des "journaleux" ne sortent pas d'écoles et aucun d'entre eux ne semble s'en plaindre.
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