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Questions et débats à propos de la pige et des pigistes : tarif d'une pige, statut du pigiste, comment trouver des piges ? Comment vendre des piges ? Droits des pigistes, ...
citizen
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Message non lu par citizen » 08 mai 2009, 13:56

Il n'a pas dit qu'il faisait corriger ces articles par les interviewés, juste qu'il faisait relire la "transcription" de l'interview, ce que je comprend : on respecte la voix du réd chef, celle du SR, du journaliste, il faut aussi respecter celle de l'interviewé. Qui lorsque ce n'est pas un habitué des médias, craint de voir ses propos déformés. Ca me parait donc un simple respect (si on a le temps) que de lui montrer qu'on a bien compris ce qu'il a dit et qu'on ne compte pas changer le sens de ses propos.
Ce qui n'empêche pas, lors de la retranscription, d'"arranger" une phrase pour enlever les hésitations, les formulations lourdes : lors d'un de mes stages, un interviewé que j'avais eu au téléphone m'avait recontactée après publication pour dire qu'il avait apprécié que ses propos avaient été rendus plus clairs et compréhensibles.
Ceci étant dit, c'est vrai que je le fais peu (il faut dire que dans ma spécialisation les gens ont l'habitude d'être interviewés), mais face à un interviewé hésitant voire méfiant, ça peut le rassurer.
Et ouais, on vend des papiers, des articles. on n'écrit pas pour la beauté du geste. Y'a du fric derrière, y'a une hiérarchie, un travail d 'équipe et le journaliste là-dedans n'est qu'un petit pion qui n'a pas à faire sa diva, à mon sens, parce qu'il sait aligner trois phrases de français correctes...
En même temps, tu soulèves un point intéressant : si le journaliste n'est là que pour se fondre dans le moule et juste "aligner trois phrases", pourquoi on signe ? Si les journalistes sont interchangeables, qu'ils ne sont pas maîtres de leur papier, on devrait peut-être ne pas mettre notre signature.
lautre
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Message non lu par lautre » 08 mai 2009, 14:00

Instructif et marrant, ce débat.
On y discerne clairement les différentes composantes de ce que l'on appelle "journalisme" : les rédacteurs intégrés dans une rédaction qui ont bien conscience de faire un travail d'équipe et qui ne mettent pas tout leur égo dans une signature, les SR qui peinent toujours à faire reconnaître leur travail de journaliste à part entière et des pigistes qui naviguent à vue entre comm et journalisme, mélangeant les genres et les règles, pensant bien faire.
J'appartiens à ces trois catégories, et j'en suis très heureux. J'ai ainsi le sentiment de ne pas être enfermé dans un carcan catégoriel et d'observer avec détachement les bisbilles picrocholines auxquelles les uns et les autres s'adonnent.

Pour revenir au fond de ce topic, j'estime pour ma part que le rédacteur livre son texte, écris selon l'angle convenu avec le rédac chef. Puis le SR, outre la simple correction orthographique, veille à la cohérence interne du papier, à sa fluidité, fait la titraille et effectue des modifications de formes (jusqu'à l'inversion de deux questions dans une itw, par exemple) ou des compléments d'information nécessaires à la bonne compréhension du lecteur sans avoir à en référer au rédacteur.
Par contre, en cas d'incohérence, d'incompréhension (n'oublions pas que le SR est le premier lecteur du papier, donc que ce qu'il ne comprend pas, le lecteur non plus) ou de gros problème de construction, il doit, s'il en a le temps et que le rédacteur n'est pas parti en vacances ou au cinoche, évidemment consulter le rédacteur pour lui exposer les faiblesses de son article.
Pour ce qui est du titre, un papier bien anglé trouvera presque toujours naturellement un bon titre. Même si parfois, la tentation du bon mot ou la contrainte de place amène quelques aberrations.
Et, petite remarque conclusive, il me semble très surprenant de faire relire une itw à la personne questionnée. Quel meilleur moyen pour se faire sucrer une bonne info, un peu croustillante, lâchée au détour d'une phrase, et dont l'auteur se rétracte en se relisant ? A ce jeu là, ce n'est plus du journalisme, mais de la comm'.
cilou
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Message non lu par cilou » 08 mai 2009, 14:54

lautre a écrit : Et, petite remarque conclusive, il me semble très surprenant de faire relire une itw à la personne questionnée. Quel meilleur moyen pour se faire sucrer une bonne info, un peu croustillante, lâchée au détour d'une phrase, et dont l'auteur se rétracte en se relisant ? A ce jeu là, ce n'est plus du journalisme, mais de la comm'.
Tout dépend du sujet : polémique ou pas ? Technique ou facile ? il n'y a pas de règle générale.
Parfois, pour les sujets très pointus, je fais relire, pour être sûre de ne pas avoir glissé d'erreur. D'autres fois, je refuse, surtout sur les sujets un peu polémiques. Enfin, beaucoup, notamment au sein des entreprises, n'acceptent une interview que s'ils peuvent relire leurs citations. J'accepte (juste leurs citations, pas l'ensemble du papier).
Dans tous les cas, même lorsque je fais relire, l'interviewé ne me donne que des suggestions. C'est moi qui décide d'en tenir compte ou non.
Je ne dis pas qu'il faut systématiquement faire relire à l'interviewé. Je dis juste que si on exige de relire les corrections du SR, il faut accéder à une éventuelle demande de l'interviewé de relire : question de cohérence.
Julien75
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Message non lu par Julien75 » 09 mai 2009, 10:05

Sur cette question des interviews, je précise que donc je fais relire la transcription de mon entretien avec la personne. Elle peut corriger "à la marge" (c'est le terme que j'emploie avec la personne) pour éclaircir certaines choses. Ensuite, c'est moi qui choisit ce que je sélectionne comme extrait pour faire figurer dans l'article, illustrer mon enquête, etc.

Travaillant principalement dans le journalisme d'idées (débats, essais, etc), je n'ai senti que j'avais à "chiper" une info qu'ensuite, en relisant, il n'oserait pas redire. Je comprends que certains pratiquent ça (notamment avec des people ou des politiques), mais dans mon cas (les intellos), je me sens plus à l'aise de faire relire. Ce qui n'empêche pas de mon côté de dégager ensuite le pipo, et, durant l'entretien, d'avoir des questions percutantes.
gavroche
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Message non lu par gavroche » 09 mai 2009, 11:15

cilou a écrit : Je ne dis pas qu'il faut systématiquement faire relire à l'interviewé. Je dis juste que si on exige de relire les corrections du SR, il faut accéder à une éventuelle demande de l'interviewé de relire : question de cohérence.
UN SR est un journaliste, un professionnel...
y'a aucun incohérence à ce que lui relise tout article et pas la source qui elle, ne peut avoir un regard pro sur l'article. Tout au plus sur un suje tpointu peut-elle éviter une approximation facheuse mais en aucun cas corriger.
La fidélité à ses paroles, c'est notre job de journaliste honnête...
un prof ne fait pas lire ses cours avant à ses parents d'élèves que je sache.

mais je suis d'accord avec le reste de tes propos

Lautre, d'accord avec toi sur tous les points.
gavroche
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Message non lu par gavroche » 09 mai 2009, 11:40

citizen a écrit :Il n'a pas dit qu'il faisait corriger ces articles par les interviewés, juste qu'il faisait relire la "transcription" de l'interview, ce que je comprend : on respecte la voix du réd chef, celle du SR, du journaliste, il faut aussi respecter celle de l'interviewé. Qui lorsque ce n'est pas un habitué des médias, craint de voir ses propos déformés. Ca me parait donc un simple respect (si on a le temps) que de lui montrer qu'on a bien compris ce qu'il a dit et qu'on ne compte pas changer le sens de ses propos.
Et, tu as besoin de cette pression pour faire ton boulot honnêtement ?
Je n'ai jamais eu l'impression de manquer de respect aux gens que j'interviewais. J'ai même de bons retours, y compris avec ceux qui m'avaient demandé une relecture et à qui je l'avais refusée.
En même temps, tu soulèves un point intéressant : si le journaliste n'est là que pour se fondre dans le moule et juste "aligner trois phrases", pourquoi on signe ? Si les journalistes sont interchangeables, qu'ils ne sont pas maîtres de leur papier, on devrait peut-être ne pas mettre notre signature.
Ben déjà, en PHR et en PQR tu ne signe pas tous tes papiers ! Loin de là ! Hi ! On ne le fait que pour les gros papiers ou ceux qui ont un contenu un peu plus complexe.
Et oui, ton article tu n'en es pas le maitre absolu. Tu ne choisis pas la mise en page ( sauf en phr assez souvent ), la titraille est souvent choisie par les sr... l'angle est souvent discuté avec le rédac chef. Tu négocies la place disponible pour ton article dans la page avec le sr, le chef d'édition, le responsable de rubrique. Quand c'est un sujet délicat, tu en réfères à ta direction...
Quand tu as fais ce chemin du combattant, hum, tu relativises un peu ton poste hyper super important de journaliste ! hein ! :lol:

Toi, en tant que petit journaliste tu récoltes l'info et tu la couches par écrit et, tu as le droit de mettre ton nom en bas de l'article qui, en fait, est le résultat du boulot de pas mal de gens... Du directeur de publication au petit mec qui déposera le journal à 7h du mat dans la boite aux lettres du papy abonné...
cilou
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Message non lu par cilou » 10 mai 2009, 21:18

gavroche a écrit : UN SR est un journaliste, un professionnel...
y'a aucun incohérence à ce que lui relise tout article et pas la source qui elle, ne peut avoir un regard pro sur l'article.
Je suis bien d'accord, je me suis mal fait comprendre. Je disais qu'un journaliste rédacteur qui exige de relire les corrections du SR (donc qui ne fait pas confiance au SR) doit accepter de se faire relire par son interviewé (il doit accepter que l'interviewé ne lui fasse pas confiance). Question de cohérence.
kaeak
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Message non lu par kaeak » 10 mai 2009, 22:28

Sinon, on peut aussi faire confiance aux SR et à l'équipe dans laquelle on travaille, en poste ou en pige. C'est tellement plus simple. :D
cilou
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Message non lu par cilou » 10 mai 2009, 22:49

Je suis d'accord. D'abord accorder sa confiance, et la reprendre seulement si elle a été bafouée.
Il ne faut pas croire, Julien, qu'un seul article mal retouché, dont le sens a été changé, pourrait nuire à ta réputation, te "griller". Il en faudrait beaucoup plus ! Les gens ont peu de mémoire, un article même mauvais s'oublie vite.
citizen
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Message non lu par citizen » 11 mai 2009, 09:13

Mouais enfin, mon père, pourtant plutôt au fait de ce qui se passe dans le journaux, me ressort régulièrement ce papier du nouvel obs sorti il y a qq années avec une grossière erreur, sur un sujet qu'il connait bien... :)
Climousse
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Message non lu par Climousse » 11 mai 2009, 09:38

citizen a écrit :Mouais enfin, mon père, pourtant plutôt au fait de ce qui se passe dans le journaux, me ressort régulièrement ce papier du nouvel obs sorti il y a qq années avec une grossière erreur, sur un sujet qu'il connait bien...
C'est quelque chose que j'entends assez souvent, quand les lecteurs/auditeurs/téléspectateurs de mon entourage (ou même parfois des gens que j'interviewe) repèrent une erreur, une approximation, une confusion dans un sujet parce qu'il s'agit de leur métier, de leur formation, ou de n'importe quoi sur lequel ils sont un peu calés. La réflexion, en général, est : "Si les journalistes sont capables de diffuser de telles erreurs, cela veut-il dire que je suis tout aussi mal informé sur les sujets que je ne connais pas ?" Parfois, on peut argumenter en disant que ce n'est pas faux, mais juste vulgarisé, résumé, et qu'on ne peut pas rentrer, pour le grand public, dans toutes les subtilités. Parfois (souvent...), il faut reconnaître que le journaliste s'est planté, qu'il ne connaît pas suffisamment son sujet, qu'il est généraliste et n'a pas eu le temps/la consigne/l'envie de creuser plus, et que oui, c'est fréquent. J'écris parfois pour des revues spécialisées dans lesquelles je sais pertinemment que mon lecteur connaît mieux la matière que moi. Et c'est là où la relecture du rédac chef et du SR spécialisé est précieuse !
Julien75
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Message non lu par Julien75 » 12 mai 2009, 12:03

Sur le thème "les gens ne s'en souviennent pas", "ça ne vas pas te griller", je trouve quand même qu'avec internet, et "google", tout est stocké, tout peut ressurgir au détour d'une recherche ; après peut-être que je manque de légereté / distance, mais bon, je suis comme ça pour l'instant, et donc j'envisage d'autres jobs complémentaires au journalisme
cilou
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Message non lu par cilou » 12 mai 2009, 13:18

Sauf que si tu veux vivre du journalisme, tu produits au moins une bonne dizaine de papiers chaque mois (moins, si tu ne fais que des grosses enquêtes, mais biens plus si tu fais des papiers courts). Alors un article avec une erreur passe inaperçu.
celinesoleille
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Message non lu par celinesoleille » 14 mai 2009, 14:20

oui
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