Page 1 sur 3

Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 13 oct. 2011, 16:29
par cilou
Bonjour à tous,

La question que je pose ici va sembler une question de pigiste privilégiée (voire une question provocante pour tous les pigistes précaires qui rêvent d'une rédaction), mais tant pis.
Je m'adresse aux "vieux" pigistes, ayant plusieurs années de piges derrières eux. Vous a-t-on déjà proposé un poste en rédaction alors que vous étiez pigiste. Avez-vous été tenté, ou la pige est-elle un choix irrévocable ? Si vous avez sauté le pas, le retour en rédaction a-t-il été difficile ?
Je pose la question car il se peut que j'aie à prendre une décision de ce genre, et j'hésite, j'hésite...
D'un côté, je m'organise comme je veux, je n'ai pas de transports, j'ai du temps libre... de l'autre, il y a la perspective de briser la solitude du pigiste, de sujets plus intéressants, de revenus plus réguliers.
Alors vos témoignages pourraient m'aider à faire mon choix.

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 13 oct. 2011, 17:31
par cloette
Coucou,
Tout dépend combien tu gagnes en rédaction fixe par rapport à tes piges ? Si celà t'évite d'avoir du stress, fonce. Moi je suis nouvelle pigiste et je démarche pour les rédactions./ Tu es spécialisée dans un domaine en particulier?

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 13 oct. 2011, 18:20
par zoom
On m'a proposé une fois un poste en rédaction. J'avais déjà quelques années d'expérience, j'étais autonome en texte et photos, j'amenais des archives photos et on ne m'a proposé qu'un salaire inférieur de 30% à ce que je gagnais avec mes piges, soit à peine plus que le smic :shock: : j'ai demandé un salaire plus conséquent, un peu supérieur à mes piges de l'époque, et cela a été refusé. Mais comme m'a dit le rédac chef, "c'est un boulot pour un jeune journaliste, dont on sait bien qu'il partira dans deux trois ans quand il aura trouvé mieux... même si on aurait bien aimé que tu acceptes !".
Comme en plus, il me fallait déménager, que mon conjoint avait un boulot bien établi là où j'habitais, je n'ai pas eu longtemps à réfléchir, j'ai refusé l'offre et continué à piger pour eux sans soucis ... :)
Pour un bon salaire, j'aurai tenté le coup, quitte à faire des aller-retours quelques mois voir comment çà tournait, avant de déménager (mon conjoint aurait retrouvé du boulot sans soucis... 8) )
Pour gagner moins ou pareil, je n'ai pas eu envie de changer mon train train de précaire au soleil ... :lol:

A toi de voir les éléments dans la balance, la sécurité des revenus (mais pas celle de l'emploi par les temps qui courent dans la presse ! :twisted: ), la vie au bureau la machine à café, le CE tout çà :wink: , ou la liberté et le stress qui va avec :lol: .

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 13 oct. 2011, 19:31
par ann65
Bonsoir Cilou

J'ai été plus longtemps "en rédaction" que pigiste...
Je ne pige que depuis une petite dizaine d'années.
Et même si certains mois sont plus plus difficiles que d'autres, même si en vieillissant, je me sens un peu plus angoissée, même si je sais que mes revenus vont probablement stagner (alors que je pourrais peut-être prendre du galon en jouant des coudes :roll: dans une rédaction), même si je ne pars quasiment jamais en vacances sans mon PC portable et une ou deux "bricoles" à finir ou à commencer, je pense que je serais INCAPABLE de m'intégrer de nouveau à une rédaction sans y être très malheureuse.

Rien que l'idée de demander à un chef si je peux "prendre" mon lundi ou mon mercredi me fait monter une bouffée d'angoisse...

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 13 oct. 2011, 19:58
par cilou
Oui, c'est cet aspect "perte de liberté" qui m'inquiète.

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 14 oct. 2011, 15:29
par RusselPrice
Bonjour Cilou,
(Dis-donc, pour une fois que c'est toi qui pose une question...).
Je prends quelques minutes pour t'écrire car ton post fait écho à une situation dans laquelle j'étais voici quelques mois. En trois mots, j'ai bossé 6 ans en locale pour un hebdo, et 5 ans de plus comme pigiste because j'ai suivi ma chérie (journaliste aussi). Au printemps , le canard pour lequel je collabore le plus m'a proposé de rejoindre son équipe. Gros gros dilemme... Sécurité versus "sans filet"; horaires de bureau (plus ou moins, hein, ça reste un job de journaliste) versus "n'importe nawak"; pause cigarette en groupe versus dialogue avec mon chat... Le tout pour un salaire annuel à peu près équivalent à ce que je touche chaque année comme pigiste, en pédalant fort .
Ca m'a empêché de dormir pendant un moment, et puis j'ai dit non.
Je rejoins les analyses de Zoom (précaire au soleil ça peut avoir du bon) et Ann65 (moins t'as de contacts avec ton chef et moins t'as de raison de lui reprocher des trucs).
J'imagine qu'un jeune pigiste galérien sauterait sur l'occasion. Mais, à te lire régulièrement, je sais que tu n'es pas dans cette case là.
Un dernier truc quant à à solitude du pigiste et les joies de la rédaction. Depuis que l'ensemble du journal est passé sur messagerie Gmail, j'utilise régulièrement leur version de MSN pour prendre des news de mes collègues. Ca remplace pas la pause café "live" mais ça a nettement changé nos relations lors de mes rarissimes passages dans les bureaux.
Bien à toi. Russel.

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 14 oct. 2011, 16:08
par ann65
Moralité après avoir lu les témoignages de Russel et de Zoom (et après avoir écrit le mien) ...
On dirait bien qu'il existe de pigistes heureux. :D
En tous pas si malheureux.
On bosse (beaucoup) et on s'angoisse (pas mal)... mais quel pied, quand même, quand on y pense.

Un peu de bleu dans ce forum bien souvent bien gris...


PS - Cilou, je suis contente de ne pas être à ta place... :wink:

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 14 oct. 2011, 17:45
par Climousse
Il paraît que j'ai une enquête de huit feuillets à écrire, mais bon, comme personne ne risque de pointer son nez au-dessus de mon épaule, je peux bien prendre un petit temps pour contribuer au débat (ce qui est en soi un début de réponse, non ? :roll:)

Comme les autres, j'ai moi aussi été confrontée deux fois à cette épineuse question. La première, ce fut vite expédié : le job n'était pas si plaisant qu'annoncé, le courant n'est pas du tout passé avec les recruteurs, et comme je venais de quitter un poste pour me lancer à la pige, ça m'a juste confortée dans mon choix. La seconde, l'hésitation a duré un peu plus longtemps. Je n'avais que quelques mois de pige de recul - pas catastrophiques, mais pas démentiels non plus -, le boulot semblait intéressant, le titre aussi. J'ai passé plusieurs entretiens, atteint le dernier carré des candidats retenus. Le temps de la procédure de recrutement m'a permis de me rendre compte que la paye annoncée, stable, supérieure à mes salaires en piges et couvrant tout à fait correctement mes besoins sans être délirante (2300 euros bruts), ne compenserait vraisemblablement pas les trois heures de trajet quotidiennes, l'enfermement dans un petit bureau avec une équipe réduite de filles, la faible proportion de reportages dans la liste des tâches. Je m'en suis ouverte sincèrement à la rédac chef... qui m'a confié des piges quelques mois plus tard (preuve qu'elle ne m'en voulait pas).

Si la question se présentait à nouveau aujourd'hui, il est probable que j'y réfléchirais à deux fois. Je mentirais en disant que la situation actuelle me satisfait pleinement. Mes besoins financiers ont augmenté avec l'arrivée de ma fille. Et j'aimerais parfois pouvoir mieux séparer les temps pro et les temps perso. Mais pas certain que je prendrais un poste. En travaillant à temps partiel (par choix) pour prendre du temps avec la petite, je perds en salaire, c'est clair. Mais je ne perds pas de temps dans les transports, je profite de ma famille et je peux faire mumuse sur Catego. En plus, même avec des revenus bien moindres, je ne me sens pas forcément plus précaire que mes copains en pied dans de grands titres en détresse (Le Monde, Le Parisien etc) : s'ils perdent leur poste, ils perdront la totalité de leur revenu. Si, comme il en est périodiquement question, l'un de mes journaux ferme, ce ne sera que l'un de mes employeurs (il m'en restera trois autres, à moi de trouver un complément).

Cela étant dit, le fait que les réponses que tu as reçues ici n'aillent que dans un sens ne veut pas dire grand-chose. Dans mon entourage pro, cette question revient assez souvent. "Et toi, tu pourrais retourner en poste ?" Tout le monde jure que non, jamais de la vie. Et croise les doigts sous la table en espérant ne jamais être confronté à ce choix cornélien.

J'ai l'impression en fait que ta décision est prise, mais que tu as besoin qu'on te dise que tu n'es pas une nantie qui se gratouille pour choisir entre super plan A et super plan B alors que des tas de galériens pointent aux Assedic. Si c'est ça, trappe donc vite cette vilaine culpabilité ! Ce poste t'a été proposé à TOI parce que tu es expérimentée et pro, tu ne prends la place de personne, et vraisemblablement pas de l'un de ces galériens qui pourraient te reprocher de cracher dans la soupe.

Reste le choix à faire. Tu dis que les sujets seraient plus intéressants et les revenus plus réguliers. Cela signifie-t-il que tu t'es lassée de ce que tu fais depuis dix ans ? Est-ce que rien ne te manquerait dans les différentes collaborations que tu as actuellement ? Tes revenus actuels sont-ils insuffisants ? Quelle place a la question du salaire dans tes critères de choix ? Serait-il impossible que tu retrouves tes piges actuelles (ou d'autres au cas où tu en perdrais quand même) si, au bout de quelques mois, tu t'apercevais que travailler en poste ne te correspond pas ? Quelles nouvelles contraintes d'organisation ce job t'imposerait-il, et sont-elles compatibles avec ta vie telle qu'elle est ? Quelles perspectives peut-il t'offrir ? Et en dehors des aspects rationnels, ce job te fait-il envie ? Quand tu t'y vois, ça t'enthousiasme ?

Je ne sais pas si je fais vraiment avancer ton schmilblick. Mais je crois (après avoir longuement développé le mien ! :lol:) qu'il faut que tu mettes l'avis des autres à part, et que tu te concentres sur ce que TOI tu ressens et tu perçois, sans trop te mettre la pression. J'ai tendance à penser que rien n'est irrévocable, et que tu parviendras toujours, avec ton expérience (et plutôt une heureuse expérience, non ?), à retomber sur tes pieds. Bon, et puis si vraiment tu te rends compte que la collectivité professionnelle, la proximité du chef et la cantine pourrie, c'est pas ton truc... la période d'essai, c'est aussi pour laisser le temps aux salariés de se décider !

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 14 oct. 2011, 18:01
par ann65
Climousse a écrit : le fait que les réponses que tu as reçues ici n'aillent que dans un sens ne veut pas dire grand-chose. ?"
Les réponses qui "vont dans le même sens" sont celles émises par des vieux de la vieilles (et je me classe dans les vieilles évidemment).

Je pense que l'expérience de la rédaction est indispensable pour un jeune qui débute. Je crois que l'on apprend plus dans l'échange, quand on travaille en équipe que seul dans son coin.
La solitude du pigiste ne se résume pas "C'est con je n'ai personne avec qui papoter quand je m'offre une pause clope-café". Ces moments là ne me manquent. Ils m'ont un peu manqué au début... mais ils ne me manquent plus du tout. Au contraire !
Personnellement, je me sens surtout "seule" parce que j'ai trop peu d'échanges sur mes papiers. En gros, je sais que j'ai donné satisfaction quand on fait appel à moi de nouveau....
C'est cette solitude là qui est un peu difficile à vivre, car j'ai l'impression de ne pas pouvoir évoluer...
Je préfère cependant subir "cette solitude" et garder ma liberté de m'organiser. Mais bon... j'ai 47 ans....et un peu d'expérience.
Tout le monde jure que non, jamais de la vie. Et croise les doigts sous la table en espérant ne jamais être confronté à ce choix cornélien
Je croise plutôt les doigts pour ne jamais être contrainte de rechercher ou d'accepter un boulot de permanente dans une rédaction.

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 14 oct. 2011, 18:15
par Juliefalcoz
Bonsoir Cilou,

C'est vrai ça : pour une fois que c'est toi qui poses une question sur ce forum...

J'ai l'impression que pas mal de journalistes qui ont de l'expérience ont répondu ci-dessus.
Je me suis dit qu'en tant que jeune pigiste (2 ans d'expérience), mon avis pourrait t'intéresser...
La situation ne s'est jamais présenté et je postule à ce genre de poste mais au coup, je crois que je n'en veux pas, non je ne veux pas de CDI! Je veux garder ma liberté, ne pas être enfermée dans un domaine et pouvoir toucher à tout, ne pas voir de boss tous les matins, ça n'a pas de prix :)
Alors oui, échanger des idées, assister à des conf de redac, c'est très enrichissant...
Peut-être que le salaire pourrait te faire changer d'avis?

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 14 oct. 2011, 22:32
par cilou
Merci à tous pour vos témoignages.
@Climousse : non, mon choix n'est pas encore fait, et je n'ai aucune culpabilité. Une petite voix en moi dit "non, n'abandonne pas ta liberté, ne va pas t'emmerder avec des transports matin et soir". Et cette voix est assez forte.
De l'autre côté, il y a des choses intéressantes. L'impression d'être "désirée" par cette rédaction est quand même assez agréable, alors qu'en tant que pigiste, c'est toujours à moi de démarcher, et qu'on n'a jamais la moindre reconnaissance.
L'autre aspect est l'impression de stagner en pige, de perdre une partie de ma curiosité, tant la nécessité de faire des papiers "rentables" restreint notre angle de vue (mais peut-être est-ce pareil en rédaction). J'ai l'impression (paradoxale ?) qu'un passage en rédaction me permettrait de me renouveler.
Enfin, l'argument financier entre peu en ligne de compte. Certes, je gagnerais plus en rédaction (d'autant que mes piges ont diminué ces derniers temps, mais c'est surtout dû à une baisse de motivation de ma part), mais ce que je gagne comme pigiste suffit à mes besoins.
Mon dilemme porte surtout sur l'aspect intérêt du boulot et qualité de vie.
J'ai posé la question d'un temps partiel, ça n'a pas l'air de les emballer. J'ai ensuite proposé une partie en télétravail, je n'ai pas encore de réponse.
Cela signifie-t-il que tu t'es lassée de ce que tu fais depuis dix ans ?
Oui, parfois.
Est-ce que rien ne te manquerait dans les différentes collaborations que tu as actuellement ?
Si, un peu.
Serait-il impossible que tu retrouves tes piges actuelles (ou d'autres au cas où tu en perdrais quand même) si, au bout de quelques mois, tu t'apercevais que travailler en poste ne te correspond pas ?
Je pense que je pourrais en retrouver certaines, ou en trouver d'autres.
Quelles nouvelles contraintes d'organisation ce job t'imposerait-il, et sont-elles compatibles avec ta vie telle qu'elle est ?
La principale contrainte, c'est 2h30 de transport par jour. Et l'impossibilité de continuer certaines activités de loisir auxquelles je tiens, que je pratique en journée. Ce sont les deux points qui me font le plus hésiter.
Quelles perspectives peut-il t'offrir ?
De participer réellement à une rédaction, c'est à dire s'impliquer dans du travail en commun (les gros dossiers sont réalisés à plusieurs, et on me demande d'être "personne ressource" sur mon domaine).
Et en dehors des aspects rationnels, ce job te fait-il envie ? Quand tu t'y vois, ça t'enthousiasme ?
Impossible de répondre sans l'avoir pratiqué.

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 15 oct. 2011, 14:46
par Climousse
Ouh, je ne voulais pas te soumettre à la question, Cilou ! Ma liste d'interrogations était plutôt destinée à t'aider à faire le tri (mais avec un esprit scientifique et rationnel comme le tien, tu avais sûrement déjà pesé et soupesé tout ça).

Peut-être qu'il faut prendre le problème dans un autre sens. Ce boulot te fait manifestement envie, même si évidemment, tu ne peux pas dire avec certitude si tu vas t'y éclater ou pas, si les transports vont te pourrir la vie ou pas etc. Tu sembles t'essouffler un peu à la pige. Cette occasion-là ne se représentera peut-être pas. Moi, je dirais que vu (ce qu'on peut savoir de) ton parcours, tu ne prends pas de grands risques à tenter le coup. Si ça ne te plaît pas, je crois comprendre que tu retrouveras des collaborations à la pige (avec plus ou moins de facilité peut-être). Et si ça te plaît, c'est peut-être l'occasion de trouver un nouvel élan, de découvrir d'autres façons de travailler, d'autres sujets, d'autres réseaux etc. Quitte à partir au bout de deux ou trois ans parce que tu auras fait le tour ! Il ne faut pas mythifier non plus la liberté du pigiste. Certes, en poste, si ton gosse est malade, il faut poser une journée. A la pige, il faut prendre son mal en patience et s'enchaîner à son bureau une fois l'enfant malade endormi. Certes, en poste, il faut poser ses vacances à l'avance et pleurer pour qu'elles coïncident avec celles de son conjoint. Mais tu n'es pas obligé d'emporter ton ordinateur et ton répertoire au cas où un rédac chef s'aviserait un peu tard qu'il a des corrections à te demander. Certes, en poste, la chefferie est plus présente. Mais tu touches la même paye les mois où tu as un peu glandouillé et ceux où tu t'es arraché. Ad lib... Rien n'est idyllique, de quelque côté que ce soit.

Reste la question de tes loisirs en journée et des transports. A ta place, je ne lâcherais pas le morceau sur le télétravail. Je crois que la crainte principale des employeurs à ce sujet est que le salarié se la coule douce quand il n'est pas au bureau. Dans ce cas précis, tu peux leur dire : vous me connaissez en tant que pigiste, vous avez pu constater que je ne suis jamais en retard dans mes délais, que je suis joignable quand vous avez besoin etc, il n'y a pas de raison que ce soit différent en télétravail. Vous me voulez, ça m'intéresse, mais pas à n'importe quelles conditions. Après tout, s'ils veulent te recruter, ce n'est pas pour te faire une faveur, donc tu devrais être en position de négocier un minimum. Et peut-être décider que cet aspect-là sera déterminant : ok pour rejoindre cette rédac si je peux quand même me ménager un petit espace de liberté, pas si ça m'oblige à renoncer à tout ce que je fais d'autre et qui me fait du bien. En plus, comme ça, ce n'est plus toi qui dois prendre la décision. :wink:

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 15 oct. 2011, 14:55
par Climousse
cilou a écrit :Je m'adresse aux "vieux" pigistes, ayant plusieurs années de piges derrières eux. Vous a-t-on déjà proposé un poste en rédaction alors que vous étiez pigiste. Avez-vous été tenté, ou la pige est-elle un choix irrévocable ? Si vous avez sauté le pas, le retour en rédaction a-t-il été difficile ?
Oui, ben on les attend toujours, ceux-là, les pigistes qui sont partis en rédaction et qui pourraient raconter comment ils ont vécu le changement de décor !
RusselPrice a écrit :Moins t'as de contacts avec ton chef et moins t'as de raison de lui reprocher des trucs.
+1 !
ann65 a écrit :Personnellement, je me sens surtout "seule" parce que j'ai trop peu d'échanges sur mes papiers. En gros, je sais que j'ai donné satisfaction quand on fait appel à moi de nouveau....
cilou a écrit :L'impression d'être "désirée" par cette rédaction est quand même assez agréable, alors qu'en tant que pigiste, c'est toujours à moi de démarcher, et qu'on n'a jamais la moindre reconnaissance.
A vous lire, je me rends compte que j'ai vraiment de la chance. J'ai quand même des rédac chefs qui disent quand ils sont contents, qui font savoir qu'ils apprécient leurs équipes de pigistes etc. N'exagérons rien : ils ne se montrent pas dithyrambiques non plus. Mais ils me passent pas mal de commandes d'eux mêmes, me demandent mon avis sur certains sujets sans me laisser entendre que je ne suis qu'une basse exécutante etc. Je n'ai pas le souvenir d'avoir été plus souvent (ou moins souvent, d'ailleurs) remerciée ou félicitée en rédaction.

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 15 oct. 2011, 16:26
par BenjD
Climousse a écrit :Oui, ben on les attend toujours, ceux-là, les pigistes qui sont partis en rédaction et qui pourraient raconter comment ils ont vécu le changement de décor !
Moi, moi, m'dame ! Moi j'suis là ! :wink:

Alors, pour raconter un peu ma life pour mieux te situer le contexte, j'ai eu la chance de commencer ma carrière de journaliste, il y a une dizaine d'années, en rédaction et ce, pendant trois ans. Après mon départ dans l'une des trois charrettes qui se sont finalement conclues par la mort du journal, je suis rentré, un peu malgré moi, dans le monde de la pige. Et ce, pendant six ans. Sans rentrer dans les détails, j'ai un peu tout connu: les piges réglo et régulières, bien entendu, mais aussi les agessa ou les droits d'auteurs qu'on accepte de mauvaise grâce pour faire bouillir la marmite, les piges jamais payées, les règlements qui arrivent avec un retard de plusieurs mois sous des prétextes fallacieux, les menaces de prud'hommes pour se faire payer, les titres qui travaillent régulièrement avec toi, mais qui disparaissent pour des raisons économiques (expérience personnelle: en 2008-2009, ce fut l'hécatombe), etc., etc. J'ajouterai également qu'il suffit parfois d'un changement de rédac-chef dans une structure pour que le capital-confiance patiemment acquis pendant des années se délite en quelques mois.

Je n'ai jamais perçu la pige comme une liberté, et d'ailleurs, ce n'en est pas une, à part si l'on considère que taper son article ou faire son interview par téléphone tout en restant en caleçon/robe de chambre, mais c'est à peu près tout. C'est presque déprimant, au final, de courir après les rédacteurs en chef, de se sentir professionnellement seul et même de ne pas pouvoir changer librement d'appart parce que les agences immobilières et les proprios font rarement confiance à quelqu'un qui n'a pas le même revenu d'un mois à l'autre (une propriétaire - relativement âgée, je le précise à son corps défendant - ne comprenait même pas le concept de "pigiste" et s'était persuadée que je tirais mes revenus d'activités illicites :lol: ). Aussi, lorsqu'on m'a proposé, il y a un peu plus d'un an et demi, un poste en rédaction, à un salaire très correct, j'ai réfléchi intensément pendant au moins trois secondes avant de répondre: "oui". Et je ne le regrette absolument pas.

Alors, bien entendu, la vie de desk a aussi ses inconvénients ("kibezki????"), mais, globalement, je suis satisfait de mon sort.

En espérant que mon témoignage te soit utile.

Re: Retour en rédaction après de longues années de piges

Publié : 17 oct. 2011, 08:48
par cilou
Climousse a écrit :Ouh, je ne voulais pas te soumettre à la question, Cilou ! Ma liste d'interrogations était plutôt destinée à t'aider à faire le tri (mais avec un esprit scientifique et rationnel comme le tien, tu avais sûrement déjà pesé et soupesé tout ça).
C'est bien comme ça que je l'ai pris. Et j'ai répondu en détail pour aller plus loin dans la discussion avec tous ceux qui me répondent. D'ailleurs, tes réponses m'aident bien (et celles des autres aussi). Tu as raison, je m'essouffle un peu en pige, j'ai d'ailleurs d'autres pistes pour évoluer (tout en restant pigiste, mais pas à 100 %... là aussi, la pige a cet avantage de pouvoir faire autre chose en parallèle).

@BenjD: merci de ton témoignage. Cependant, je ne suis pas sûre qu'il me soit utile, car visiblement, tu n'as jamais vraiment apprécié la pige. Moi, si. Et je peux te dire qu'aller faire de la musique dans la journée en semaine, faire d'autres activités pro (par exemple assurer des formations) sans demander l'autorisation au journal, ce sont de vraies libertés.