Gerer le stress des retours papier. témoignages/ conseils...

Questions et débats à propos de la pige et des pigistes : tarif d'une pige, statut du pigiste, comment trouver des piges ? Comment vendre des piges ? Droits des pigistes, ...
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Fennek
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Gerer le stress des retours papier. témoignages/ conseils...

Message non lu par Fennek » 05 févr. 2007, 15:59

Voilà, je suis pigiste depuis quelques années déjà, et il y un facteur de stress limite intolérable pour moi, c'est le délai des retours papiers. J'explique:

Je pense être pro (IMO) et systématiquement je prends le temps de rendre mes articles quelques jours avant la deadline fixée (qui si elle est bien faite, intègre la retouche de toute façon, mais bon, par excès de prudence...) . Le temps donc de retoucher confortablement l'article si besoin est. Dans ma vision de mon travail, je suis "a disponibilité" jusqu'au feu vert "Ok coco, on publie". Hors, il n'est pas rare que le retour papier (bien souvent il n'y a rien à changer d'ailleurs) prenne plus de temps que l'écriture du papier lui-même. Quand on parle d'un quotidien, on se retrouve juste privé d'apero avec les amis. Mais quand on parle d'un mag, il n'est pas rare d'attendre plusieurs semaines. Et de retoucher à la hâte (ce que je déteste) à cause d'un interlocuteur lunatique ou surbooké alors qu'on s'est tourné les pouces, angoissé, des heures. Je vous parle même pas des reportages perturbés par ces aléas de dernière minute.

Récemment, un pas de plus dans le foutage de g (car ça peut aller jusque là) à été franchit.

Un mag spé où j'avais postulé (sans réponse à l'époque, même négative ) m'a récemment recontacté. Entretient (donc déplacement) et les personnes me demandent un papier test. Jusqu'ici rien de bien spécial, sauf peut-être le format (9000 signes pour un papier "à blanc" c'est du boulot en général, c'est plutôt une poignée de brève). Aussitôt dis, aussitôt fait, je rends mon article 5 jours avant la deadline, histoire de voir venir. Réponse quasi-immédiate "on regarde si ça colle avec la ligne éditoriale et on vous fait un retour". Je réponds que le délai confortable est là justement pour coller à la ligne éditoriale si besoin est, car le titre est nouveau et se "cherche" un peu. Tout comme moi je cherche la ligne éditoriale, n'ayant eu que quelques articles incomplets à me mettre sous la dent pour en juger.

C'était il y a environs 15 jours. En attendant coup de fil "vous l'avez lu au moins?". réponse: "oui, on l'a survolé mais un retour arrive ASAP". Cause de ce retard selon eux: bouclage du numéro 0... Bon je me dis "lire un article ça prend quoi, 10 minutes, pour voir si le type est au moins compétent". Si il l'est, ça devrait pas poser de problème pour lui de changer de ligne éditoriale, de corriger éventuellement le tir et l'angle. Faut croire que j'ai tout faux.

Pendant ce temps grandit en moi l'envie d'expliquer que les gens ne sont pas à disposition (pour ça il faut un salaire!) ad nauseum et que cette attitude est à l'antithèse du pro quitte à me griller. De plus je me vois de moins en moins collaborer avec un canard aussi désinvolte pour mes propres nerfs. Mais bon, bonne poire, j'attends. Tout en essayant de me faire comprendre poliment, et de faire monter la pression (pas trop hein, un coup de fil tous les 5-6 jours!).

Aujourd'hui, coup de théâtre et de fil. "On l'a pas encore lu, mais je crois que ça pas être possible". Je demande ce qui cloche pour une réponse vague façon "des trucs et des bidules mais on vous fera un retour, promis!". En filigramme je comprends que mon tort est d'avoir fait c.... en demandant au bout de 15 jours un avis sur un article "bénévole". Ou alors, d'avoir écrit un papier tellement minable qu'il n'aura fallut "que" 15 jours pour s'en apercevoir! C'est possible, mais j'en doute.

La morale (hormis que le "redac chef" est un bouffon) tient en trois points, que cette expérience amère serve les débutants:

1 ne jamais faire de "gros" papier en guise de démonstration. les négocier avant, même "pour voir", vous éviterez de perdre votre temps. une brève est acceptable, pas un pavé!

2 ne vous privez pas de "marquer votre territoire" dés le début en cas d'abus, votre amour propre s'en portera mieux. Et tant pis si vous perdez une opportunité fabuleuse d'être traité en kleenex.

3 Se méfier des amateurs. Le journalisme est un métier qu'on ne devrait pas pratiquer en dilettante (et oui, l'équipe éditoriale vient d'ailleurs dans l'exemple donné). J'ai croisé trop de commerciaux recyclés, de communicants en mal d'aventure façon tintin et milou parfaitement incapables. Désolé si je vous parais mesquin, mais se sont souvent des "potes à", des "fils de" ou "des maîtresses de". Même si ils sont vos supérieurs, l'article retouché (parfois dans votre dos et pour le pire) porte encore votre signature à la fin. Ca donne des articles qu'on ose même pas mettre dans son book. Si ces désagréments vous arrivent en stage (et que vous comptez "oublier" cette expérience dans votre CV), pourrissez la rédac un maximum (formater les disques durs par "accident"est un classique et une manière d'assurer un avenir meilleur aux futurs petits soldats). Après tout, vous (n') etes (pas) payés pour ça. Une manière diplomatique de le dire -si vraiment vous tenez à rester- consiste à la jouer fine genre "votre papier est tellement meilleur que le miens que je ne saurait vous en enlever la gloire, signez-le plutôt"! Bien sûr, ne pas oublier d'exiger les sous quand même! Si la personne a une cervelle, elle comprendra que sa patte vous fout la honte.

Voilà, c'était un cri du cœur et un témoignage. Si vous en avez d'autres ou des conseils, ben c'est ici...
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Message non lu par zoom » 05 févr. 2007, 19:42

Moi, le coup du papier test de 9000 signes, çà me crie "à fuir " d'entrée, surtout pour un pigiste confirmé !
Si ton CV et tes publications précédentes leur plaisent, des gens serieux te commanderaient un article pour voir: en general, un petit article pour pas que çà coute trop cher. Si çà ne leur plait pas, la collaboration s'arrête là... Une période d'essai, dans n'importe quel métier, çà se paye !
A ta place, je surveillerai bien la publi en question pour voir si il n'y a pas des bouts de ton papier "test" qui ressortent incognito dans quelques mois ...

Apres sur le "service après vente", je connais ce genre d'attitude "desinvolte" pour ne pas être vulgaire... J'ai appris à m'en foutre un peu, je reste disponible au cas où mais pas corvéable, et si les retouches demandées sont manifestement impossibles dans le temps qui m'est imparti, je fais de mon mieux, je rends ce que je peux et j'explique bien la situation au type a la bourre pour lui apprendre la vie... :twisted:
Après les méthodes de travail des mags avec qui je travaille ne me regardent pas et je ne les fait pas chier tant qu'ils me payent comme convenu. En plus, je sais moi aussi ce qu'est travailler dans l'urgence...
Ce qui me permet régulièrement de récupérer des commandes à l'arrache pour faire des sujets que plus personne n'a le temps de faire ! :lol:

Les seuls harcelements téléphoniques que je me permet sont:
- des relances quand je n'ai pas de reponses sur des propositions de sujets au bout de quelques mois. Simple travail commercial, des fois, çà marche... C'est fou comme certains redac chefs ont peur de dire "non çà ne m'intéresse pas" rapidement: çà permet de garder sous le coude un sujet et d'empécher qu'il ne file à la concurrence peut-être ?
- des relances quand je ne suis pas payé ce qui avait été convenu, ou que çà traine trop... :lol:

Si tu as appelé tous les 5-6 jours, ils se sont peut-être dits que tu étais trop tenace pour tenter de t'arnaquer ? :wink:
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Message non lu par Fennek » 05 févr. 2007, 22:10

Bé en fait je commence à me demander si ils ne sont pas stupides et essaient de me "tenir" le temps de publier mon article en essayant de m'arnaquer... Peut-être est-ce de la paranoia. En ce qui concerne l'article, je l'ai fait "gouter" à des confreres, il semble plutôt ok, en tout cas rien de choquant ni de maladroit. Ce qui m'a choqué, c'est de "tenir à disposition" quelqu'un qui bosse gratos de maniére aussi lourde. Si tu piges, tu sais comme moi que les guignols font pas illusion longtemps et perso j'ai jamais été bloqué à cette etape (c'est tout le reste qui. Peut-être est-ce pasque on a jamais joué autant avec mes nerfs. Aucun probléme avec des collaborateurs de longue date, mais ça inaugure mal une nouvelle collaboration.
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Re: Gerer le stress des retours papier. témoignages/ conseil

Message non lu par cilou » 06 févr. 2007, 09:18

Fennek a écrit :les personnes me demandent un papier test. Jusqu'ici rien de bien spécial, sauf peut-être le format (9000 signes pour un papier "à blanc" c'est du boulot en général, c'est plutôt une poignée de brève).
Ne jamais accepter un papier test, quelle que soit sa taille. Un journal digne de ce nom teste en demandant un article d'un ou deux feuillets, et en le payant systématiquement, quitte à ne pas le publier. Je rappelle que tout papier commandé et rendu doit être payé, il ne faut jamais transiger là dessus.
Une comparaison : quand on embauche quelqu'un, il y a une période d'essai. On peut être viré à tout moment de la période d'essai, mais on est quand même payé pour le nombre de jours où on a travaillé. Et bien en pige, c'est pareil.
Accepter un article test non payé, c'est mettre le doigt dans un engrenage. De toute façon, je ne connais pas de journal sérieux qui demande ça.

Aussitôt dis, aussitôt fait, je rends mon article 5 jours avant la deadline
Je pense que tu as tort de rendre systématiquement en avance. La deadline prend en compte les corrections à faire. En rendant en avance, on voit que tu es un pigiste peu occupé, donc à qui on peut plus facilement proposer n'importe quoi. Le mieux, c'est de rendre pile à l'heure.
Pendant ce temps grandit en moi l'envie d'expliquer que les gens ne sont pas à disposition (pour ça il faut un salaire!) ad nauseum
Une fois que je rends un papier, je m'efforce de l'oublier, jusqu'à ce qu'on me recontacte éventuellement pour le corriger. Il ne faut surtout pas attendre leur retour, il faut passer à autre chose. Tout n'oubliant pas de se faire payer, bien sûr !
Tout en essayant de me faire comprendre poliment, et de faire monter la pression (pas trop hein, un coup de fil tous les 5-6 jours!).
Ce n'est pas une grosse pression que tu leur mets, c'est normal pour un boulot que tu as fait et dont tu attends le retour sonnant et trébuchant.
En filigramme je comprends que mon tort est d'avoir fait c.... en demandant au bout de 15 jours un avis sur un article "bénévole".
Non, ton tort est d'avoir fait un article bénévole. Or, dans la tête de beaucoup de gens, bénévole = nul et bonne poire en même temps.
1 ne jamais faire de "gros" papier en guise de démonstration. les négocier avant, même "pour voir", vous éviterez de perdre votre temps. une brève est acceptable, pas un pavé!
Ne jamais faire de papier de démonstration. Un journal qui ne peut même pas payer une brève pour test n'est pas viable.
2 ne vous privez pas de "marquer votre territoire" dés le début en cas d'abus, votre amour propre s'en portera mieux. Et tant pis si vous perdez une opportunité fabuleuse d'être traité en kleenex.
Oui, il faut traiter d'égal à égal (collaboration contre rémunération), pas comme un quémandeur de travail.
3 Se méfier des amateurs. Le journalisme est un métier qu'on ne devrait pas pratiquer en dilettante (et oui, l'équipe éditoriale vient d'ailleurs dans l'exemple donné).
C'est l'évidence même.
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Message non lu par Fennek » 06 févr. 2007, 09:48

Effectivement Cilou, j'ai sans doute été un peu naif. Mais avec un CV qui commence un peu à dater, et une certaine bouteille, je croyait être à l'abris des coups tordus reservés aux débutants. La preuve que non... Par contre, je persiste à croire qu'un papier démo avant négociation "illustre" bien tes pretentions salariales. De toute façon, les papiers démos dans mon cas ont toujours et systématiquement été pris et payés aprés lecture. Normalement, c'est pas cette étape qui bloque.
Je pense que tu as tort de rendre systématiquement en avance. La deadline prend en compte les corrections à faire. En rendant en avance, on voit que tu es un pigiste peu occupé, donc à qui on peut plus facilement proposer n'importe quoi. Le mieux, c'est de rendre pile à l'heure.
PQR, pqr. La bonne ecole de nerveux. Il m'arrive de faire 5-6 articles desk (de 1500 signes) en une journée et de m'emmerder à 3 heures de l'aprem! Effectivement on m'a déja fait la remarque que je bosse "trop" vite. Souvent c'est des "lents", des mauvais ou des superieurs qui flippent pour leur poste (alors que justement je fuis les postes qui managent car j'y serait sans doute tyrannique) . D'ailleurs, c'est globalement le mal qui frappe le monde du travail Français: "on" dézingue volontier les bons et les productifs pour garder les fayots et les "intouchables". C'est pas specifiquement journalistique: Sur des chantiers en interim, j'ai JAMAIS croisé un syndicaliste qui fesait bien son boulot. La plupart se contentent de persecuter les precaires enthousiastes et non syndiqués entre deux aperos sur leur temps de travail. Pour quelqu'un de gauche comme moi attaché au droit du travail c'est triste à dire, mais c'est un constat!
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Message non lu par Fennek » 07 févr. 2007, 17:22

On dirait que je ne suis pas le seul, je crois que nous avons des laureats pour la fameuse black list!!!!!
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Message non lu par proxy » 09 févr. 2007, 23:57

Bjr,
Pour contrecarrer les filous, j'ai 2 solutions:

-envoyer des articles déja parus ...mais je ne le dis pas aux autres employeurs éventuels.

-l'envoyer en format crypté où le rédacteur me demande le code (échange de mails conservé).

Pour mon histoire, DMP employeur-escroc a préféré mettre la clef sous la porte plutôt que d'assurer ses créances. :D

Et dire qu'ici le sieur voulait nous duper endossant le role de victime :lol:

@+
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Re: Gerer le stress des retours papier. témoignages/ conseil

Message non lu par lafactory.com » 10 févr. 2007, 17:29

cilou a écrit : Ne jamais accepter un papier test, quelle que soit sa taille. Un journal digne de ce nom
il en reste combien, des "journaux dignes de ce nom" ? ça bloque même plus de portes que ça n'en ouvre. j'ai proposé une demi-douzaine de sujets à télérama, tous refusés parce que trop intéressants pour pour un petit papier test. si tu arrives à résoudre l'équation de proposer un sujet intéressant, mais pas assez pour être traité en plus de 1500 signes, je suis preneur.
un papier test non rémunéré, deux feuillets maxi, dans un domaine où je ne suis pas un journaliste reconnu, ne me dérange pas. à condition que ce soit un canard ayant pignon sur rue.
et quand je change de casquette, si un journaliste veut un job de chroniqueur littéraire et qu'il a des articles à me présenter dans ce domaine c'est bon pour moi et je me fais mon opinion. sinon je demande 2.000 signes gratos, mais évidemment payés si publiés.
par contre Fennek désolé mais avoir accepté un "test" de 9.000 signes était une lourde erreur.
Le plus ancien webzine culturel. Atelier d'écriture journalistique en ligne.
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Message non lu par havas » 11 févr. 2007, 13:11

C'est vrai, une punition pour Fennek
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