Lancer un magazine en province

Section réservée à la création et la gestion d'un media : qu'est-ce qu'une SARL de presse ? Comment financer un magazine ? Où trouver des annonceurs ? Combien coûte une publication ?
Padawan Journaliste

Lancer un magazine en province

Message non lu par Padawan Journaliste » 27 mai 2003, 16:42

Bonjour,

je cherche des témoignages de personnes qui ont lancé leur publication sur une ville de province.

La ligne éditorial choisie, la forme juridique de l'entreprise (si une entreprise a été créée), les financements, les galères rencontrées...

Si cette aventure s'est soldée par un échec... ça m'intéresse aussi. Histoire de voir si je peux me lancer dans l'aventure.

Merci pour vos témoignages
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DBardel
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Message non lu par DBardel » 28 mai 2003, 00:31

Je plaide coupable ! J'ai commis un magazine qui a fait long feu (le contraire aurait quand même été étonnant, mais bon).
En bref, pour espérer voir survivre une nouvelle publication, il faut :
- énormément de fric
- coucher avec les politiques en vue et espérer qu'ils ne seront pas virés aux prochaines élections
- coucher aussi avec les chefs de grosses entreprises qui pourront avoir envie de faire un peu de mécénat
- ne pas payer les journalistes, ni l'imprimeur.
Et j'en passe.

Le plus difficile n'est pas de conquérir un lectorat, mais d'arriver à obtenir de la pub. Ma plus grosse erreur a été de confier la prospection des pubs à un commercial. C'est bien trop tard que j'ai compris que le meilleur commercial, c'est celui qui a porté le projet. A chaque fois que je suis allée moi-même chercher une pub, je l'ai eue. Tant que le magazine est jeune et n'a pas encore trouvé sa place, c'est son créateur qui est le plus apte à convaincre les annonceurs, parce qu'il y croit et qu'il y a mis toutes ses tripes.

L'autre truc le plus difficile est d'arriver à faire placer ton magazine correctement dans les linéaires des marchands de journaux. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, les marchands de journaux cherchent à vendre le moins de titres possible. Plus il y a de publications, plus ils ont de boulot. Alors qu'ils font l'essentiel de leur chiffre d'affaires avec le quotidien local, l'Equipe, et deux ou trois daubes à scandale genre Voiri. Je ne compte pas les fois où je me suis pointée dans une maison de la presse et où je n'ai pas vu mon merveilleux petit canard ; quand je le demandais, le gars allait me le chercher dans la réserve et me disait : "Bof, personne me le demande, ce truc". Evidemment, connard, puisque s'il n'est pas dans les rayons, les gens ne risquent pas de savoir qu'il existe...
Bref, coucher aussi avec les marchands de journaux.

Ceci dit, si tu as envie de faire ton journal, et même si c'est presque sûr que tu vas te planter, VAS-Y ! D'abord si ça se trouve tu arriveras à faire un truc qui marche, et puis bon, même quand tu te retrouveras à poil après avoir bouclé le dernier ultime funeste numéro, tu resteras longtemps, très longtemps à te dire que c'est ce que tu as fait de mieux.

C'est quoi, ton projet ?

--- Edit ---
Du coup, j'ai oublié de répondre à la question de départ :

- magazine culturel départemental à Saint-Etienne
- bimensuel format A4 de 40 pages (quadri et bichro), paraissant un mercredi sur deux
- vendu en kiosque au prix de 12 F (pô cher !) et sur abonnement (l'essentiel des ventes, les lecteurs ont suivi, ils ont pas fait comme les annonceurs). Diffusion en kiosque assurée par les NMPP qui te volent 42% du prix facial de vente et qui gardent des palettes entières de ton canard dans leur entrepôt pour pas se faire ch... à les trimballer (et qui ne te donnent jamais la liste des dépositaires).
- forme juridique : SARL de presse, 2000 F de capital social
- personnel : 2 journalistes + moi + une secrétaire à mi-temps + l'homme de ma vie pour aller chercher des sous + un commercial.
- matos : classique, un G3 (à l'époque) pour la mise en page et des I-Mac pour les journalistes et la secrétaire
- le canard est mort après la parution du 10e numéro
- coût de l'opération : la peau des fesses. N'espère pas qu'un banquier te suive.
billy_ze_ping

Ca fait peur et envie à la fois

Message non lu par billy_ze_ping » 28 mai 2003, 22:18

J'ai moi aussi l'envie intime de créer mon canard. Un journal local, avec des vraies infos locales, et un ton décalé.

Vu que j'ai créé une feuille de chou en primaire, puis à la fac, et vu que je suis aujourd'hui journaliste... je me dis qu'il faudra un jour sauter le pas et tenter ma chance.

En espérant ne pas se planter.. en tout cas, je suivrai tes conseils DBardel. Y a-t-il es témoignages de créateurs de SARL de presse... qui n'ont pas sombré ?
bobby chon

Message non lu par bobby chon » 29 mai 2003, 02:54

au niveau de l'impréssion ça coute combien à peu prés?
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DBardel
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Message non lu par DBardel » 29 mai 2003, 17:16

C'est impossible de donner un coût d'impression "à peu près" ; il y a beaucoup trop de paramètres à prendre en compte : format, nombre de pages, quadri, bichro ou monochrome, façonnage, impression offset ou sur rotative, délais, qualité du papier, encartages, quantités...
Le mieux est de demander des devis à des imprimeurs, pour plusieurs "configurations".

---edit---
J'oubliais : un élément très important du coût est également le travail fourni par l'imprimeur avant de procéder à l'impression proprement-dite : si tu lui donnes les fichiers prêts à flasher (ou en PDF s'il est équipé... et toi aussi), c'est évidemment moins cher que si tu lui donnes les textes d'un côté, les photos de l'autre et qu'il doit effectuer la composition.
Dernière modification par DBardel le 04 juin 2003, 10:33, modifié 1 fois.
bobby chon

Message non lu par bobby chon » 04 juin 2003, 01:22

En fait ce qui m'intéresserait serait de savoir si certains ont déjà tenté l'aventure du "gratuit"
je m'explique :

. magazine 16 pages distribué sur tout un département gratuitement (dans ts les commerces, institutions, facs, grandes surfaces, discothéques etc...)

. concept de publi-information (interview de personalités, trés généralistes, mode, culture, monde de la nuit, sport etc...)

. marche grâce à la pub

Coût minimum moi même et mon collaborateur pour la commercialisation et la rédaction + frais impréssion + infographiste indépendant pour la réa.
Pas de locaux pro.

Cela serait pour débuter et ensuite investir plus.
Est ce que certains d'entre vous ont déjà tenter ce genre d'aventure
A votre avis est ce viable?
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DBardel
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Message non lu par DBardel » 04 juin 2003, 10:30

Si tu veux lancer un tel produit sans le soutien d'un groupe qui accepte d'éponger les pertes pendant les 2-3 premières années, je le sens mal, mais alors très mal.

La pub est horriblement difficile à trouver ; il y a déjà dans ton département la PQR, les gratuits existants genre Bonjour ou Paru Vendu (agressifs comme c'est pas permis), quelques titres qui font ce qu'ils peuvent mais qui sont quand même installés, les radios locales genre Chérie FR, Nostalgie et autres et qui ont en général de très bons commerciaux...

Tu passeras après les autres dans les budgets pub. On te dira que les budgets sont déjà complètement utilisés, et tu ne pourras obtenir "d'avance" sur les budgets 2004 qu'à partir d'octobre-novembre... si tu es très très persuasif. On te dira "c'est intéressant votre support, bravo, on va juste attendre un peu pour voir comment ça évolue et après on vous suit". :evil:

Quoi qu'il en soit, il faut absolument, AVANT la parution du 1er numéro, que tu aies des contrats A L'ANNEE et SIGNES pour de vrai sur du papier avec de l'encre. Si tu as des promesses craché juré, tu vas dans le mur. Si tu n'as pas de contrats, ne démarre pas.
Donc pour ça, tu dois avoir un discours blindé, et reposant évidemment sur des données "objectives" : étude de marché que tu peux faire réaliser par une école de commerce (pas cher, voire gratuit, et souvent sérieux), connaissance très approfondie des supports similaires dans la même région... A plein temps, tu en as pour 6 mois de boulot. Au moins, ça a le mérite de te donner plein de bonnes raisons pour ne pas faire une connerie pareille.

Ensuite, tout dépend des bonnes raisons à toi pour la faire quand même, de ta passion, des appuis sur lesquels tu peux compter, de ton bas de laine...

Une dernière chose : un infographiste en externe coûte cher ; l'achat d'une station PAO pour faire le journal en interne est à mon sens plus rentable. Si tu comptes essentiellement sur la pub pour financer ton canard, ça veut dire qu'il y en aura un certain nombre, et il faudra les composer, et je te garantis que ça fait beaucoup de travail. Le montage du journal, à côté, c'est rien du tout. Il est excessivement rare d'avoir des pubs prêtes à mettre en page, même de la part de grosses boîtes dont on pourrait penser qu'elles sont au top sur le plan de la communication.

DB_comment_ça_c'est_trop_long ?
Chartier

Message non lu par Chartier » 04 juin 2003, 10:35

J'ai annoncé la création d'un magazine culturel à Metz (1er n° numéro mars 2003). Il s'agit de Tryptik, leur courriel tryptik@free.fr (Magali Adam 06 84 21 95 50)
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Message non lu par DBardel » 04 juin 2003, 10:39

C'est encore moi...
A deux personnes, tu comptes :
démarcher la pub
faire le canard (recherche d'info, rédaction, photos...)
assurer la diffusion sur l'ensemble du département
traquer les sous partout où il pourrait y en avoir
assurer la gestion quotidienne (factures, trucs qui marchent pas)
éventuellement manger une fois de temps en temps et même, pourquoi pas, dormir un peu...

Même si le rythme de travail pour un mensuel est "confortable", je voudrais juste vérifier si on t'a averti que les journées ne font que 24 heures, et que les semaines ne comptent que 7 jours !
bobby chon

Message non lu par bobby chon » 04 juin 2003, 13:01

en fait mon idée pour "stimuler" les rentrés pubs est d'interviewer pas mal de responsables (patrons entreprises etc...) et faire des reportages sur des entreprises et par exemple faire une page beautée avec les conseils beautée d'une esthéticienne, les conseils jaudinages avec un pro de jardiland etc... qui pourrait aider ces gens à prendre de la pub...
Leepstick

Message non lu par Leepstick » 04 juin 2003, 17:57

Oui, c'est du publi rédactionnel... Et si ça aide la pub, ça fatigue le lecteur.
Et hop !
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Olivier T
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Message non lu par Olivier T » 04 juin 2003, 18:08

Leep, cesse de foudroyer les ch'tits Colombani en culottes courtes.

Tu finiras par tuer le journalisme moderne aves tes préjugés conservateurs...




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cyril1977
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Message non lu par cyril1977 » 04 juin 2003, 20:16

J'adore ce genre de discussion et toutes ces réponses de journalistes frustrés et incapables d'essayer quoi que ce soit.
Fonce si tu essayes et que tu te plantes tu auras essayer, si tu n'essayes pas tu deviendras comme tous ces rabajois donneur de bons conseils.
Tentons mes enfants, Tentons
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DBardel
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Message non lu par DBardel » 04 juin 2003, 23:21

cyril1977 a écrit :J'adore ce genre de discussion et toutes ces réponses de journalistes frustrés et incapables d'essayer quoi que ce soit.
Fonce si tu essayes et que tu te plantes tu auras essayer, si tu n'essayes pas tu deviendras comme tous ces rabajois donneur de bons conseils.
Dis moi, cyril1977, tu as déjà tenté quelque chose ?

Parce que moi oui. Et j'aurais bien aimé qu'on me donne des conseils à ce moment-là. Pas de la part de gens qui ruminent depuis des années "un jour je f'rai quelque chose" sans jamais oser bouger leur cul de leur fauteuil, et qui ont des tas de théories sur tout. Non, de la part de gens qui ont vécu une expérience comparable à celle dans laquelle je voulais me lancer.

Cela ne m'aurait pas empêchée de mener mon projet jusqu'au bout, parce que de toutes façons je voulais le faire, et rien ne m'aurait fait changer d'avis. Cela ne m'aurait peut-être pas évité de couler non plus. Mais j'aurais peut-être pu tenir un peu plus longtemps. J'aurais appris notamment, pendant qu'il était encore temps, que le seul commercial valable pour un journal nouveau-né, c'est celui qui l'a fait naître, et personne d'autre. Je me serais méfiée des marchands de journaux. J'aurais mis sous le nez des donneurs de promesses des contrats à signer.

Tout ça aurait reculé l'échéance du jour où j'ai dit aux journalistes qui ne comptaient pas leur peine, et qui étaient payés au ras des pâquerettes, qu'ils pouvaient aller pointer au chômage. Tout ça aurait réduit le montant hallucinant des sommes qui m'ont été données, je dis bien données et non prêtées, par les parents de mon compagnon pour financer ce gouffre qui aurait pu être un peu moins vertigineux si j'avais su recueillir les bonnes informations avant d'arrêter le désastre. Cet argent, qui n'a pas suffi (plusieurs centaines de milliers de francs), était le fruit de deux vies entières de travail. Et c'était plus de 42 ans (chacun).

Quand tu te lances dans ce genre de choses, ce n'est pas comme quand tu ouvres une boulangerie : le risque est infiniment plus élevé. Ce risque, tu ne le prends pas tout seul. Tu engages les gens qui vivent avec toi, ceux qui travaillent avec toi (salariés, partenaires, fournisseurs, lecteurs). Tu lances un processus qui te dépasse. Et quand tu te casses la gueule, tu entraînes tout ce beau monde avec toi. Il y a de quoi t'empêcher de dormir pendant un bon bout de temps, je peux te le garantir.

Et puis si ça se trouve, on aurait tenu le coup. Parce que j'y crois encore, à mon journal, figure-toi. Ce n'était pas un échec professionnel, bien au contraire. J'en ai feuilleté quelques exemplaires dernièrement pour mettre les sommaires en ligne sur mon site. Avec le recul, je suis extrêmement fière de ce que j'ai fait. Et du travail que les journalistes, les pigistes (et l'imprimeur, qui a été génial) ont réalisé. En revanche, ce fut un échec commercial cuisant.

Parce que j'ai réalisé trop tard que la création d'un journal mobilisait des foules de compétences, et que je ne les maîtrisais pas toutes. L'aspect commercial m'a (nous a) été fatal.

Si le créateur de ce futur magazine gratuit peut prendre conscience des difficultés qui l'attendent, il fera attention, il s'entourera des personnes qui pourront l'aider, il évitera quelques pièges, et il accroîtra ses chances de succès. C'est vraiment tout ce que je lui souhaite. Parce que voir naître et vivre son journal, c'est un privilège que peut de journalistes ont la chance de connaître. Alors autant mettre toutes les chances de son côté et tenter, comme lui, de recueillir des témoignages de gens qui se sont lancés avant lui.

C'est vrai qu'il a fait appel à des gens qui ont réussi dans ce domaine ; jusqu'à présent, j'ai été la seule à lui répondre. J'aurais dû rester silencieuse, pour la seule raison que mon journal n'a pas tenu ? Il ne s'est quand même pas effondré au premier numéro : on a existé pendant 6 mois, on a sorti 10 numéros. Quand même. Bien des gratuits n'en font pas autant. J'ai au moins le mérite de poser quelques balises, et j'espère que cela lui évitera de se prendre les pieds dedans.

Lui crier en se frappant la poitrine "Fonce !" est criminel et irresponsable. Cela ne m'empêche pas de l'encourager à pousser à fond l'élaboration de son projet, de tout faire pour arriver à sortir son premier numéro, et je l'ai fait, il me semble, sans ambiguité. Mais le pousser dans le vide sans lui donner de parachute (ou pire, sans lui en donner le mode d'emploi) relève de la bêtise la plus cruelle.

Tant pis si les modérateurs décident de... modérer cette réponse qui est, je le conçois, pour le moins virulente. Mais l'enjeu est trop important, je ne pouvais (voulais) pas me taire. Et je ne peux pas tolérer de me faire traiter de "donneur de bons conseils" par un donneur de leçons.

DB_en_pétard
Leepstick

Message non lu par Leepstick » 05 juin 2003, 12:05

Olivier T a écrit :Leep, cesse de foudroyer les ch'tits Colombani en culottes courtes.

Tu finiras par tuer le journalisme moderne aves tes préjugés conservateurs...
té qu'un gro aigri ki pue
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