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soub
Sujet du message: Témoignage sur la réalité du statut de pigiste
Publié: 04 Sep 2003, 11:06
Inscrit le: 02 Mai 2003, 14:16Messages: 7
Je suis journaliste (pigiste...) pour la revue "écrire et éditer", qui prépare un dossier sur les pigistes et j'aurais besoin de témoignages sur la vie des pigistes, ceux qui en chient, les autres, les difficultés, les solutions (un statut d'intermittents du journalisme ? on peut rêver), la précarité (subie, choisie...), le comportement des rédacs etc...
Et tout ce dont vous souhaitez parler, je ferai le tri !
Merci
myrtille
Sujet du message: Pigiste
Publié: 10 Sep 2003, 13:53
Vous pouvez me poser des questions sur mon adresse e-mail
[email protected]
Je suis pigiste depuis bientôt 10 ans, dans la presse éco essentiellement
Bon courage pour l'enquête
DS
laurent Ferrière
Sujet du message: Pigiste
Publié: 15 Sep 2003, 08:06
Bonjour,
journaliste rémunéré à la pige, tu peux m'interpeller si besoin. Si nous sommes de plus en plus nombreux à rencontrer des difficultés, il ne faut pas négliger les aspects juridiques qui entourent ce statut. Il n'est pas question de voir un pigiste adopter le statut des intermittents car la loi nous protège avec une reconnaissance du travail du pigiste comme présomption d'un CDI. Un exemple, après six années de travail, une rubrique permanente comme pigiste, m'a été supprimée. Ce grand hebdomadaire spécialisé m'a payé des indemnités de licenciement. La jurisprudence "pigiste" allant dans ce sens est très forte. Tu peux consulter le snj (Syndicat national des journalistes) qui fait référence avec plusieurs documents libres d'utilisation à l'attention des pigistes, un groupe de travail sur cette question, une permanence juridique... Tél. : 01 42 36 84 23 ou
www.snj.fr
Malgré la précarité, nous avons la chance d'avoir un statut social unique et il reste simplement à balayer quelques employeurs indélicats.
Les principals soucis reposent dans la proposition de papiers, le paiement en temps de ses piges... Beaucoup de pigistes ne sont pas assez inventifs ou se "pointent" dans les rédactions sans réelle motivation ou proposition...
En résumé rapide, un pigiste est un journaliste comme les autres impliqué dans la vie d'une rédaction...
Mais si tu veux me contacter,
Laurent
Tél. : 06 70 28 31 72
email :
[email protected]
kirsch Richard
Sujet du message: pigiste
Publié: 15 Sep 2003, 09:19
liberté, frugalité, précarité ! ce statut se résume peut être dans ces trois termes. Pour ma part, cette position me conviendrait si je n'étais pas victime des changements de "patrons" successifs synonimes de perte de pige. Par ailleurs, nous faisons partie d'une chaîne économique fragile . En deux mots : moins de pub = moins de pages de rédac= moins de pigistes. Le phénomène est flagrant , avec notamment des articles de plus en plus rédigés par les rédac-chefs eux-mêmes et les chefs de rubrique.
sinon, j'ajouterais quatre licenciements, un Prud'Homme en cours pour impayé, des idées pillées par des rédac qui me demandaient des sujets pour les confier finalement aux titulaires.. bref tout ! "Le journalisme mène à tout à condition d'en sortir" C est peut être pour moi le moment.. !
Gaël
Sujet du message: Pigé ?
Publié: 15 Sep 2003, 09:28
Après avoir été titulaire au sein d'une rédaction, je suis free lance depuis avril. J'ai enfilé, comme des perles, toutes les incertitudes, les injustices du métier.
Je me limiterai à évoquer la frilosité des rédactions, incapables aujourd'hui de délivrer un bon de commande ! Je leur envoie l'idée + synopsis détaillé, et je ne reçois aucun engagement, rien, juste un "Faites, faites le reportage, ramenez-nous textes et photos et on avisera". Du délire. Quelle profession accepterait de travailler à vue ?
Aymone
Sujet du message:
Publié: 16 Sep 2003, 10:04
Je suis pigiste depuis 4 ans environ, ayant enfin obtenu ma carte de presse qui d'ailleurs ne me sert pas à des foules de choses, mais au moins officialise mon boulot et mon statut et permet aux rédac'chefs indélicats de ne meme pas me proposer des réglements en Agessa, totalement illégaux, mais encore répandus !
Comme les messages précédents, je subis bien sur les changements de dernière minute à cause d'une nouvelle page de pub, les attentes de réglements etc.. mais au bout de qques années, j'ai qques collaborations qui roulent néanmoins, auprès de rédactions qui intègrent vraiment leurs journalistes pigistes.
Moi qui ne souhaite pas travailler dans un bureau, je dirais que la liberté est un trésoir, mais qui se paie bien cher !!
L'important je crois est d'essayer à chaque fois d'équilibrer les papiers vraiment intéressants et ceux, plus alimentaires..
Hélène
Sujet du message: Pigistes
Publié: 22 Sep 2003, 17:03
25 ans de métier, 23 ans de carte de presse, douze ans de salariat, dix ans pigiste. Bilan : j'ai connu une soixantaine de publications, des "en création" et des "qui ont pignon sur rue", toutes les formes de presse, hors agences type AFP (seulement en stage de fin d'Ecole), j'ai aussi travaillé avec des pigistes, en tant que rédactrice en chef. Donc vision de prés des deux côtés de la barrière.
Commentaire : version rédac'chef : les pigistes, c'est très pratique mais il faut bien s'en occuper (coups de fil, relectures des papiers...) et les respecter (paiement, même si l'article, même remis, ne paraît pas). Or, les directions ont tendance à envoyer les rédac'chefs, chefs de rubrique etc. au casse-pipe en leur faisant faire le sale boulot : pas paru, pas payé (ou moins payé). Peut-être certain(e)s aiment-ils(elles) ce rôle de (très) petit chef. Personnellement, ayant démarré en tant que pigiste, j'avais fabriqué des anti-corps.
Version pigiste : après dix ans de pratique épisodique, plus ou moins volontaire (lors de périodes de chômage), je considère aujourd'hui qu'à mes yeux du moins, c'est un statut de m.... . Quelle femme de ménage accepterait d'être payée plusieurs mois (au moins deux, pour les mensuels) après avoir effectué son travail ? Il est sans doute plus valorisant d'écrire que d'enlever la poussière mais cela justifie-t-il ce "délai fournisseur" (90 jours), ce mépris de la parole donnée, voire du contrat signé, cette "coutume" de paiement "à parution" qui, pour l'entreprise de presse, s'apparente à une constitution de stock sur le dos des précaires.
Bien sûr, il y a la Convention collective. Je connais bien la démarche prud'hommale, j'ai gagné des procès. Mais quel journaliste ira faire un procès à un grand groupe de presse ou à un titre connu pour récupérer quelques centaines d'euros ? Le milieu est petit, non seulement on se prive de possibilités de collaborations, mais encore on se fait une (mauvaise) réputation.
En outre, les congés payés et le 13ème mois prévus par la loi, le plus souvent c'est pour la forme : un simple artifice comptable inclu dans le prix du feuillet. L'été, les mensuels font des numéros doubles et les pigistes, même réguliers, ne sont pas payés pendant deux mois. Il faut avoir des rentes (ou travailler comme une bête, cas le plus fréquent). Ou vivre avec quelqu'un qui, lui (ou elle), a un salaire qui tombe chaque mois.
Les pigistes heureux que j'ai rencontrés démarraient dans le métier et vivaient encore chez leurs parents. Aujourd'hui, je constate chez les quadras, qui ont vingt ans ou plus de métier derrière eux, un gigantesque ras-le-bol qui prend - pour l'instant - la forme d'un refus pur et simple de toute collaboration à la pige. Vive le CDD !
Je sais aussi que certains syndicats travaillent sur un rapprochement du statut des pigistes avec celui des travailleurs intérimaires, mieux protégés : chômage, possibilité d'emprunt bancaire... En dépit de la loi, quand on est pigiste, il est très difficile de faire valoir ses droits au chômage et aux arrêts maladie.
Bref, rester pigiste, c'est aller dans le mur. Pour beaucoup, l'objectif est stratégique : intégrer par ce biais une rédaction, ou devenir "pigiste permanent" (sous-CDD puisqu'il n'y a même pas de prime de précarité). Ca permet aussi d'améliorer un statut de chômeur. Mais l'important, c'est encore d'en sortir : professionnellement, on tourne vite en rond, c'est du journalisme alimentaire. Il n'y a aucune possibilité de carrière. A moins de devenir grand reporter et d'écrire des bouquins. Ou de se spécialiser dans les casseroles (par exemple) et de voir cette expertise reconnue par plusieurs supports.
Précision importante : quand on est "pigiste à 100%" (pas de temps partiel avec contrat), pour avoir l'équivalent d'un salaire moyen, à Paris (10000/12000 Fr buts), il faut cumuler chaque mois au moins trois bulletins de salaire, c'est-à -dire "tourner" avec une dizaine de publications. Bon courage à ceux et celles qui entrent ainsi dans la carrière.
Karibu
Sujet du message:
Publié: 23 Sep 2003, 15:57
Inscrit le: 15 Sep 2003, 11:32Messages: 5Localisation: paris
Je ne saurais dire mieux qu'Hélène !
ma situation est identique et mon parcours similaire
quant aux fameux bons de commande copieusement décrits par le SNJ... ce qu'il m'est arrivé de voir s'en rapprochant un peu, ce sont des mails confirmant un sujet et un calibrage, voire, dans le meilleur des cas un délai de rendu.
Mais jamais un papier officiel me garantissant un tarif, un délai de paiement, etc.
Il m'est aussi arrivé d'en réclamer un, lorsqu'il s'agissait de nouvelles collaborations avec des titres nouveaux pour moi : chou blanc. "Oh, allez, on se fait confiance, non ?", "tu veux un bon de commande ? mais qu'est-ce qui me garantit que tu rendras ton papier ? je ne te demande pas de me signer un contrat, moi !"
bref, voyez le genre
la pige, c'est à la fois grisant et ignoblement anxiogène sur le mode "personne me fait chier, mais est-ce que j'aurai du boulot le mois prochain ?"
Courage aux audacieux
anne sophie
Sujet du message: Pigiste
Publié: 24 Sep 2003, 10:10
Je ne peux, hélas, qu'adhérer aux propos que je viens de lire.... Pigiste depuis un peu plus de deux ans après un licenciement économique, j'ai l'impression de passer 1/3 de mon temps à faire le VRP auprès des rédactions pour vendre mes sujets (que j'ai renoncé depuis longtemps à vendre sous forme de synopsis....je produis les sujets, et ensuite je vais les montrer et tenter de les vendre), 1/3 de mon temps à tenter de récupérer mon argent (émission des notes de piges, relances téléphoniques à répétition, déplacements au service comptabilité, RDV avec mon assistance juridique) et, malheureusement, seulement 1/3 de mon temps à être sur le terrain ou à écrire.
Ce métier me plaît évidemment toujours autant, mais cette manière de le pratiquer demande une énergie titanesque... Maintenant que je suis enceinte, je me demande comment envisager la suite de ma carrière... Avec un bout'd'chou, aurais-je toujours l'envie et la disponibilité nécessaires pour aller au charbon tous les jours, we inclus ?
Quant à la question des bons de commande, les seuls que j'ai vus étaient émis par une boite de com'. Ce qui ne l'empêche pas de me payer seulement tous les six mois ("tu comprends, je ne vais pas te faire une feuille de paye pour 200 euros...on fera l'addition en janvier et en septembre")
Pour finir, juste pour vous faire rire, quelques pratiques pratiquées par mes commanditaires, bien au chaud dans des rédactions :
- quand elle veut me parler, l'une de mes red'chefs m'envoie un mail "Please call me". Je suppose que sa facture téléphonique du bureau lui est déduite de son salaire
- une autre, qui me demande de récupérer le maximum de photos auprès des gens que j'interviewe pour elle - pour éviter de payer un photographe of course - me renvoie régulièrement une grosse enveloppe avec des dizaines de photos... A moi de les renvoyer aux personnes concernées. Je suppose que son journal n'a pas de service "courrier"
- un journal anglais, pour qui je bosse, fait chaque fois la même "erreur" : je le facture en £, comme convenu, et il me paye...en euros ! et "tu comprends, c'est compliqué les régularisations.."
- un red'chef m'a juré sur ses grands dieux "j'ai posté ton chèque ce matin !" J'ai en effet reçu un courrier de sa part deux jours plus tard. L'enveloppe était ...vide !
- bien sûr les hors-séries semestriels de certains titres sont payés à parution...je rends doncen ce moment une dizaine d'articles qui me seront payés...en mars (idem pour les frais d'ailleurs)
Je m'arrête, je sens que je vous déprime ! Heureusement que dans le tas il reste quelques éditeurs (les gros souvent) qui payent en fin de mois de livraison du papier, à des tarifs décents, et qui savent dire "Bravo et merci". Mais ils sont si rares...
val1789
Sujet du message:
Publié: 24 Sep 2003, 13:04
Bonjour,
Pour ton sujet, je t'invite à lire ou à relire le bouquin "Les intellos précaires", d'Anne et Marine RAMBACH, éditions Fayard, collection Hachette Littératures.
Véronique L
Sujet du message: statu de pigiste
Publié: 28 Sep 2003, 18:30
Pigiste moi aussi. Pas mécontente pour une remise en forme après un break d'une dizaine d'années pour m'occuper de mes enfants. Je découvre en fait ce statut, alors que j'étais intégrée à une rédaction autrefois. Pour une quadra ayant une vie de famille, je trouve le statut intéressant. C'est vrai que les ressources sont minimes, que les journaux sont bien contents de me trouver comme bouche-trou. La seule chose que je n'aime pas c'est de ne pas avoir d'activités suivie. Par exemple, cet été je n'ai pas travaillé pendant près de quatre mois. Je trouve cela un peu raide.
On est libre, mais c'est aussi un peu frustrant de ne pas avoir voix au chapitre lorsqu'on a des idées pour la rédaction.
AU fait, quand on touche une pige d'un journal, sans CDD, que faut-il faire?
crevette
Sujet du message: la pige en question
Publié: 01 Oct 2003, 13:00
Après avoir été pigiste, je suis aujourd'hui intégré à une rédac.
Mais le temps des piges n'est pas très loin derrière moi et j'en garde de mauvais souvenirs. D'abord, le manque d'informations sur ce statut. Le pire c'est lorsque 'lon demande de l'aide à des permanances juridiques (soit disant là pour aider les journalistes). Ils sont tellement aimables ça fait peur. On se fait même engeuler quand des gens peu scrupuleux nous arnaquent, alors même qu'on appelle pour demander de l'aide.
Le reste rejoind les mails du forum (bon de commande, délai de paiement...).
Même si parfois l'ambiance d'une rédac est pesante, je m'interroge quant à reprendre un jour un statut de pigiste.
Les temps sont durs !
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