Le
secteur de la presse est certainement de ceux où la précarisation des petits salariés
est la plus galopante. La corporation, pourtant truffée de grandes consciences
toujours prêtes à délivrer des leçons d'humanisme sans frontières, ne s'émeut
guère de la condition galérienne qui est faite, en son sein, à des milliers de
jeunes complaisamment
livrés à l'arbitraire des employeurs par les écoles de journalisme.
Le grand public ne connaît généralement du journalisme que sa vitrine la plus
clinquante. II ignore à quel degré de médiocrité intellectuelle et d'imposture
morale est parvenue, sous la conduite de ses élites autoproclamées, cette corporation
où une minorité privilégiée régente avec arrogance et sans compassion une masse
de jeunes gens auxquels quelques années d'études post-baccalauréat sans véritable
substance ont permis d'atteindre ce niveau officiellement certifié d'inculture
branchée et culottée, bavarde et narcissique, que semble apprécier et favoriser
le monde politico-médiatique. En plus d'un ensemble d'analyses des conditions
sociales de fonctionnement, le lecteur trouvera dans cet ouvrage, sous la forme
d'entretiens approfondis avec divers professionnels (presse écrite, quotidienne,
nationale ou régionale, de magazine, télé, radio, etc.), une série de témoignages
à la fois très éclairants et très émouvants sur le monde journalistique. Et, au-delà,
sur une intelligentsia prolétaroïde dramatiquement représentative de ce que les
métiers de la communication sont devenus aujourd'hui.
Biographie de l'auteur
Sociologue, Alain Accardo est notamment l'auteur de Introduction à une sociologie
critique (Agone, 2006), De notre servitude involontaire (Agone, 2002) et Le
Petit-Bourgeois gentilhomme (Labor, 2003).
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