Vendredi, 25 Mai 2012

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LE QUOTIDIEN METRO : SONDAGE MAI 68

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Le sondage est en ligne ce dimanche soir à 20 heures sur le site http://www.metrofrance.com
Et à lire demain lundi 7 avril dans le quotidien metro.


Les jeunes ont tourné la page de mai 68
 
Les 18-25 ans méconnaissent les événements de mai 68 et n’adhèrent plus aux idéologies révolutionnaires de ce printemps, d’après un sondage OpinionWay pour Metro et LCI
 
Du passé, ils ont (presque) fait table rase. Quarante ans après les « événements » de mai 68, les Français de 18 à 25 ans ont tourné la page. C’est ce que révèle un sondage OpinionWay pour Metro et LCI, réalisé début avril.
Premier enseignement de cette enquête d’opinion : la jeune génération a une connaissance partielle de cet épisode révolutionnaire. L’idée qu’elle se fait de mai 68 est avant tout celle d’une « révolte étudiante », citée –parmi plusieurs réponses possibles- par 72% des 607 sondés. 45% d’entre eux voient aussi en ce printemps le symbole d’un « changement de société », et 41% une « révolution ». Ils ne sont que 37% à évoquer une « grande grève », qui est pourtant l’une des composantes principales du mouvement. Selon Bruno Jeanbart, directeur d’OpinionWay, « les jeunes envisagent l’événement à travers le prisme médiatique », qui s’est focalisé sur l’aspect estudiantin d’une mobilisation qui a touché toutes les strates de la société.
 
Individualisme et internationalisme
Deuxième point : le sondage témoigne de la forte individualisation de notre société. C’est notamment visible à travers les valeurs prônées par les 18-25 ans, qui accordent la priorité à la liberté, à l’épanouissement personnel et à la tolérance avant la solidarité et le travail. Parallèlement à cela, l’ouverture des frontières (Internet, voyages…) qui a caractérisé ces 15 dernières années explique l’intérêt nouveau des jeunes pour les questions internationales. Ces citoyens du monde évoquent les droits de l’homme, la protection de l’environnement et la paix dans le monde comme principales causes (avec l’emploi, mentionné en 2e, après les droits de l’homme) pouvant les pousser à descendre dans la rue. Des valeurs consensuelles qui relèguent le pouvoir d’achat, l’éducation et les retraites au second rang et les protègent de toute idéologie. La preuve : le slogan de mai 68 auquel ils adhèrent le plus (à 86%) est le moins polémique : « faites l’amour, pas la guerre ». Plus radic!
 al, « il est interdit d’interdire » recueille 50% d’opinions favorables. « Consommez plus, vous vivrez moins » ne séduit que 42% des sondés.
 
« Désidéologisés »
La rupture est nette avec le mouvement de 68, très critique à l’égard de la société de consommation. « Parce que l’on connaît aujourd’hui l’angoisse du chômage, les jeunes veulent être insérés et donc participer à la société de consommation », analyse Bruno Jeanbart. « Si les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas dépolitisés, ils sont donc désidéologisés », note-t-il encore. Et bien que le point de vue des 18-25 diverge fortement de celui de leurs parents à leur âge, c’est bien en eux – enfants de la génération de 68 et de la « jouissance sans entrave » - qu’ils reconnaissent les garants de l’autorité (pour 37%), avant la police (24%) et les politiques (10%). Drôle de pied de nez.
 
Alexandra Bogaert de METRO France.
 


INTERVIEW

« Il y a 40 ans, on n’avait pas peur de l’avenir »
 Daniel Cohn-Bendit, symbole du mouvement étudiant, revient sur mai 68… et sur ce qu’il en reste.
 
Se poser la question, 40 ans après, de l’héritage de mai 68, est-ce pertinent ?
Je viens de sortir un livre, « Forget 68 », dans lequel j’écris que cette question n’est pas la bonne. C’est même une fausse piste qui empêche de résoudre les problèmes actuels. Mai 68 a marqué une transformation en profondeur de la société de l’époque, c’est vrai. Mais il y a 40 ans, on n’avait pas peur du chômage, on ne connaissait ni le sida, ni la dégradation climatique ni la mondialisation débridée. On n’avait pas peur de l’avenir. Ce qu’on demandait, c’était juste : « laissez nous nous occuper de notre vie ».
C’est aussi ce que réclament les jeunes aujourd’hui, non ?
Oui. Ils veulent qu’on les laisse vivre, qu’on cesse de leur casser les pieds avec un mouvement qu’ils n’ont pas connu. Je le comprends bien. Il est plus difficile d’être jeune maintenant qu’avant.
Que vous disent ceux que vous rencontrez ?
Ils ne me voient pas que comme une icône de mai 68 et tiennent aussi compte de mon engagement européen. Ils aiment débattre avec moi car je ne me pose pas en grand-père donneur de leçons.
Que reste-t-il de cette révolte ?
En France, mai 68 a complètement transformé l’évolution de la société, et a accordé une plus large autonomie à l’individu.
Nicolas Sarkozy, en campagne pour la présidentielle, avait annoncé qu’il voulait « liquider l’héritage de mai 68 »…
Le simple fait qu’un homme politique ait accédé, malgré les rebondissements qu’a connus sa vie privée, au rang de chef de l’Etat montre bien que le changement profond créé par mai 68 est ancré dans la société.
Pensez-vous possible un « mai 2008 » ?
Je n’en sais rien. Les crises du type mai 68 ont lieu quand les gouvernements se montrent incapables de réformer. Je dirais donc que ça dépend du gouvernement, mais aussi des forces de gauche. En l’occurrence, le gouvernement est à côté de la plaque. Sa chance, c’est que les partis de gauche et les Vers le sont aussi…
Quel regard posez-vous sur les nouvelles formes de militantisme ?
J’y vois une certaine filiation avec mai 68, dont l’un des slogans était « l’imagination au pouvoir ». Ces nouvelles formes d’intervention dans la société portent leurs fruits mais, seules, elles ne pourront rien. Il faut une multitude de formes de militantisme et le gouvernement doit être capable d’y répondre.
 
Alexandra Bogaert de METRO FRANCE



Frédéric HENRY
FHCOM pour Publications Metro France
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