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Gros plan sur Souad CHARIT, UGTA (Algérie)

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CONFEDERATION INTERNATIONALE DES SYNDICATS LIBRES

CISL En Ligne...
032/040305

8 mars, Journée internationale de la femme

Gros plan sur Souad CHARIT, UGTA (Algérie)

«Il est temps que les femmes disent «Basta»!

Bruxelles, le 4 mars 2005 (CISL En Ligne) : Dans le cadre de la campagne internationale lancée par la CISL « Les syndicats pour les femmes- les femmes pour les syndicats », la centrale syndicale algérienne UGTA a lancé une campagne de syndicalisation des femmes à l\'échelle nationale, avec pour groupe cible prioritaire le secteur textile. Liée à cette campagne d\'organisation, l\'UGTA mène également campagne contre le harcèlement sexuel, comme nous l\'explique Souad Charit (UGTA).

Membre du directoire de la Wilaya de Chlef, à 200 km d\'Alger,Souad Charid est présidente du comité des femmes de cette Wilaya et membre de la Commission nationale des femmes travailleuses de l\'UGTA. Issue du secteur enseignant, elle est aujourd\'hui formatrice à l\'Institut national d\'Etudes et de Recherches syndicales en méthode d\'animation et de communication de campagne.

Vous êtes engagée dans un travail de campagne pour la révision du code de la famille. En quoi est-ce un enjeu important pour les femmes algériennes ?

Ce code, qui date de 1984, une période où la pression des islamistes était très forte, comporte des articles qui rendent les femmes mineures. En ce sens, il est hors la loi, puisqu\'il contredit la Constitution algérienne qui prêche le principe d\'égalité. Par exemple, une femme adulte ne peut pas se marier civilement sans l\'accord du père. Mais les femmes proches des milieux islamistes elles-mêmes acceptent ce principe. Tout comme elles acceptent aussi la polygamie ce que nous refusons catégoriquement.

Je vais dans différentes wilayas pour mobiliser les femmes, leur faire prendre conscience d\'en quoi c\'est un enjeu très important pour les femmes.

Parallèlement, nous sommes engagées dans une campagne sur le thème de la Convention internationale sur l\'élimination de toutes les formes de discriminations à l\'égard des femmes( CEDAW). L\'Algérie a ratifié en 1996 la convention CEDAW mais avec des réserves concernant l\'article 2 qui va à l\'encontre du Code de la famille, l\'article 11 qui porte sur la nationalité des enfants, ainsi que l\'article 29 relatif à la commission des experts. Cette convention, c\'est un pas important pour l\'émancipation des femmes, un acquis très important pour nous. L\'argument juridique international peut être un levier puissant en Algérie car il y a encore beaucoup à revendiquer au niveau national. C\'est d\'ailleurs en s\'appuyant sur l\'argument juridique international que l\'on travaille à obtenir le lancement d\'une procédure de révision du Code de la famille.

Vous menez une grande campagne contre le harcèlement sexuel. Avez-vous déjà obtenu des résultats et comment poursuivez vous cette lutte ?

En novembre 2004, nous avons obtenu un nouvel article (341) dans le code pénal, qui condamne le harceleur, c\'est une grande victoire. Mais après cette victoire législative, la deuxième étape est de pousser les femmes à briser le mur du silence, c\'est la nouvelle phase de notre campagne. Il est temps que les femmes disent « Basta ». Dans les sociétés arabes en particulier, nous sommes victimes de traditions millénaires. Ma mère a vécu la même chose que ma grand-mère, il n\'y a pas assez d\'évolution, c\'est inacceptable.

Nous avons créé il y a un an un centre d\'écoute téléphonique et d\'aide pour les victimes de harcèlement sexuel. Nous avons déjà enregistré plus d\'un millier d\'interventions de soutien psychologique et de conseil d\'orientation. Avec le soutien de la FES, on a pu produire une brochure d\'information qu\'on a largement distribuée, on a pu aussi faire de la publicité dans les médias pour notre centre d\'écoute téléphonique. On s\'est rendu compte que le harcèlement sexuel que l\'on croyait à priori limité surtout aux grandes villes est en réalité un problème qui se pose partout dans le pays. On croyait aussi que certains groupes de femmes, comme par exemple les femmes divorcées qui souffrent d\'une image négative qui les met un peu au banc de la société en seraient les premières victimes. Mais pas du tout, on s\'est rendu compte, que mariées ou pas, toutes les femmes pouvaient être des victimes potentielles. On croyait aussi que le harcèlement sexuel ciblait surtout les jeunes en vertu de l\'idée selon laquelle les femmes âgées seraient mieux protégées. Mais pas du tout, on a reçu des témoignages de femmes de plus de 50 ans. Vraiment, toutes les femmes sont concernées.

La période de transition vers l\'économie de marché que traverse l\'Algérie a conduit à une explosion des emplois informels. Nombreuses sont les femmes qui se retrouvent dans des situations d\'emploi très précaires. Comment en tant que syndicat pouvez-vous les aider ?

Pour vous donner un exemple, dans le secteur textile, il y a des femmes qui sont payées (plutôt mal), mais sans bénéficier d\'aucune couverture sociale. Elles font face aussi à des problèmes de sécurité et d\'hygiène, de harcèlement sexuel. Elles vivent un grand stress pour essayer de garder leur travail à n\'importe quel prix. On cherche à les organiser mais c\'est très difficile. Elles ont une grande peur de perdre leur boulot si elles se syndiquent. C\'est très difficile de développer des projets en ce sens, et on a bien besoin de partager les expériences menées par des syndicats ailleurs pour s\'en inspirer.

Sur la situation générale des femmes dans votre pays, vous insistez sur le décalage entre l\'égalité de droit et l\'inégalité de fait. Quelle stratégie adopter pour pousser au changement des mentalités ?

C\'est vrai que c\'est changer les mentalités qui est le plus difficile. Alors que j\'étais en déplacement dans le sud du pays, un jeune garçon de 10 ans m\'a interpellée en pleine rue ne me disant « ton visage n\'est pas couvert, tu n\'as pas honte ! ». Ca m\'a vraiment choquée, le chemin est long pour changer ces idées. Au travail, il est toujours très difficile aux femmes d\'accéder à des postes à responsabilités. Le manque criant de crèches et de garderies est un obstacle de taille. Au boulot, on doit prouver deux fois plus qu\'on est capable d\'assumer des responsabilités. Mais il y a aussi des signes encourageants. Le niveau d\'éducation des femmes est élevé en Algérie, il y a d\'ailleurs plus de femmes que d\'hommes à l\'université. A terme, ça va forcément aussi pousser au changement. Dans la politique, les femmes commencent vraiment à bouger. On commence à aller au-delà de démarche des partis qui mettaient des femmes en avant juste pour « image de marque ». Moi, je me bats pour moi mais aussi pour ma fille, pour qu\'elle, comme toutes les femmes de demain, ait une meilleure place dans la société.

Je partage la philosophie de l\'UGTA qui prône un changement progressif. C\'est la seule optique durable. A l\'inverse de tout changement brutal qui entraîne des brisures qui entravent un progrès réel. Ca reste un combat très difficile et très long, mais je suis optimiste de nature, et l\'important c\'est de sentir que petit à petit on avance concrètement.

Et au sein de l\'UGTA précisément, quelle est la place réservée aux femmes ?

En 2002, lors de la création de la Commission nationale des femmes travailleuses de l\'UGTA., il n\'y avait alors que quelques milliers d\'adhérentes. Maintenant, nous sommes 130.000 adhérentes, soit 10% de l\'UGTA. Obtenu grâce à une lutte très âpre, c\'est un acquis que l\'on veut faire progresser.

Au début, c\'est vrai que les responsables hommes avaient un peu peur qu\'on impose un partage de territoire. Mais ce n\'est pas du tout ce qu\'on veut. On n\'est pas aux bains ou à la mosquée où il y a des espaces séparés pour les hommes et les femmes ! Les travailleurs et les travailleuses partagent la même réalité, ont les mêmes problèmes, même s\'il faut tenir aussi compte de problèmes spécifiques.

Aujourd\'hui, on peut dire qu\'on bénéficie du plein soutien politique des responsables syndicaux. Mais quand il s\'agit d\'obtenir les moyens nécessaires, c\'est moins évident. On a de grandes incertitudes par exemple quand à l\'avenir de notre campagne contre le harcèlement sexuel, faute de moyen. On ambitionne d\'organiser une caravane itinérante très prochainement, qui se rendrait dans deux voire trois régions du pays pour sensibiliser les femmes sur ce thème. Mais notre seule option est de monter un projet sur base uniquement bénévole, on est limitées. Pour notre centre d\'appel, le prix des communications reste aussi une barrière, mais on n\'a pas les moyens d\'avoir une ligne verte gratuite. De même qu\'on ne peut assurer une permanence le soir. Les psychologues et les syndicalistes qui assurent la permanence sont tous des bénévoles. On a besoin d\'aide pour assurer l\'avenir du projet.


Propos recueillis par Natacha David.

Nb : pour plus d\'infos sur la campagne de syndicalisation de femmes de l\'économie informelle et la situation générale des femmes dans les syndicats en Algérie, voir aussi l\'interview de Soumia Salhi, publiée le 8 mars 2004 (http://www.icftu.org/displaydocument.asp?Index=991219033&Language=FR)

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