Pigistes : menace de précarité accrue

Questions et débats à propos de la pige et des pigistes : tarif d'une pige, statut du pigiste, comment trouver des piges ? Comment vendre des piges ? Droits des pigistes, ...
Fred (CNT)
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Pigistes : menace de précarité accrue

Message non lu par Fred (CNT) » 20 nov. 2008, 16:40

Code du travail, convention collective, les pigistes pourraient bien s'asseoir dessus. Accès à la formation, pareil. Les pigistes, il faut en faire des prestataires de service, et non plus des salariés avec des droits. Le rêve des ultralibéraux pour un salarié de la presse sur cinq.

Le 7 novembre 2008, deux syndicats, CFDT et CFTC ont signé le texte d’accord “général pigiste” . Un texte qui se discutait avec les fédérations patronales de la presse depuis de longs mois. Cette signature est un vrai coup de poignard pour l'avenir des journalistes rémunérés à la pige. Des tacherons payés au coup par coup qu'on verrait bien poussés vers un statut de travailleur indépendant, donc payés sur facture et non plus en salaires. Cette dérégulation du droit du travail (qui s'applique déjà difficilement à ces salariés payés au coup par coup) permettrait une externalisation massive de ces petites mains du journalisme. Du coup, plus question de licenciement quand on vire un pigiste : il suffit de ne plus lui commander de reportage ou d'enquête. Ce traitement peut ressembler à la situation actuellement en vigueur en France. Sauf qu'avec la loi Cressard de 1974, le pigiste écarté a jusqu'ici un recours devant les prud'hommes pour faire requalifier sa cessation de piges en licenciement, avec indemnités à la clé tous les droits qui vont avec.
Avec le texte des syndicalistes cathos et affiliés, les pigistes nouvelle sauce ne seraient plus comptés dans l'effectif des medias qui les utiliseraient, et ils disparaitraient donc du registre unique du personnel. En cas de grossesse ou d'arrêt maladie, fini le maintien de salaire assuré par la convention collective. Si ce texte s'appliquait, le pigiste serait plus que jamais la variable d'ajustement rêvée. Supposons qu'une mauvaise crise financière pointe son museau, hop, on ferme les robinets des commandes de piges, on bidouille avec des dépêches d'agence, des stagiaires et des permanents encore plus sous pression, et passez muscade.


La mise à l'écart physique des pigistes, qui travaillent depuis chez eux et ne font que passer dans les rédactions, produit déjà de l'individualisme. Les luttes collectives sont rares. Mais avec cette formule, ce serait encore plus tout benef pour les patrons de presse, puisque les pigistes représentent une part croissante des effectifs des rédactions. On voit même des rédactions complètes où tout le monde est payé à la pige, redac chef compris.
En 2007, selon la commission de la carte, il y a 6 980 journalistes pigistes déclarés comme tels, soit plus de 18 % des journalistes avec carte. Parmi les plus jeunes qui viennent d'obtenir cette carte pour la première fois, la moitié est copnstituée de pigistes et un peu plus souvent des femmes. Ce chiffre ne tient pas compte des 1 312 journalistes au chômage, ni de celles et ceux qui travaillent comme pigistes mais n'ont pas la carte, pas assez de revenus, contraints de panacher avec des revenus de la com', ou obligés de tâter de la manutention dans un hyper marché. Ce qui ne tient pas compte non plus d'un autre versant de la précarité, les correspondants locaux de presse, qui sont estimés à quelque 30 000 en France.
Ce texte scélérat, c'est l'application des principes ultra libéraux à un système déjà précaire.
Et la main invisible du marché, on la met dans la gueule de qui en premier : des signataires marrons ou des patrons qui jubilent d'avance?

En attendant le SIPM-CNT vous invite à signer la pétition en ligne, à l'appel des collectifs et associations de journalistes : Profession : Pigiste, Objectif Plume, Presse-Papiers, Pôle pigiste du Club de la presse Val de Loire, Ça presse, Freelens, AJT-MP (association des journalistes de Toulouse et Midi-Pyrénées).

http://www.gopetition.com/online/23311.html
Syndicat interprofessionnel de la presse et des médias
33, rue des Vignoles
75020 Paris
presse.rp@cnt-f.org
Sohrab
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pfff

Message non lu par Sohrab » 20 nov. 2008, 17:59

déjà que c'est pas facile mais alors là... merci l'état une fois de plus, de nous représenter d'une aussi bonne manière
cilou
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Message non lu par cilou » 20 nov. 2008, 17:59

Pour une fois, je suis d'accord avec Fred : la signature de cet accord par trois syndicats est un vrai scandale. En gros, les soi-disant "avancées" ne sont que des rappels de la loi (ancienneté des pigistes,...). Les reculs sont bien décrits par Fred. Le SNJ et le SNJ-CGT
Signons tous la pétition !!!
archaud
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Message non lu par archaud » 20 nov. 2008, 18:46

Et où l'on voit bien ce que je ne cesse de dire : les syndicats, donc les journalistes permanents eux-mêmes, se foutent royalement des pigistes. Triste réalité, pas franchement nouvelle :lol:
archaud
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Message non lu par archaud » 20 nov. 2008, 19:06

Loin de moi l'idée de contester les informations de notre ami syndicaliste rouge écarlate, cependant, afin peut-être d'éclairer votre propre jugement d'une lumière un rien plus contrastée, je vous invite à lire le document suivant, que je viens de trouver sur Internet :
km3
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Message non lu par km3 » 20 nov. 2008, 19:56

c'est forcément plus fun vu que c'est la cfdt qui l'a signé aussi, Non ?
l'un blanc, l'autre noir qui dit vrai... :?:
archaud
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Message non lu par archaud » 20 nov. 2008, 20:05

Pour en avoir le coeur net, j'ai appelé les syndicats signataires de l'accord qui, sauf à ce que les organismes patronaux le dénoncent dans les quinze jours qui viennent, ce qui est improbable, entrera en vigueur, à compter du 1er janvier, pour tous les pigistes, dans toutes les entreprises de presse.

A compter du 1er janvier, les pigistes :

- seront inscrits sur la liste du personnel ;
- pourront se présenter aux élections syndicales ;
- auront droit à la formation professionnelle ;

Un autre accord pourrait intervenir, dans les mois à venir, portant, celui-ci, sur des points demeurés sans décision jusque-là, et notamment :

- c'est quoi, au clair, un pigiste permanent ?

- les conditions de licenciement.

Nous sommes assez loin du tableau noir brossé par Fred-le-rouge :lol: , qui semble avoir mal ajusté sa propagande. :lol:

Que proposent les syndicats non signataires, dont le SNJ ? De repousser sine die les négociations :lol:

Précision : certaines structures de pigistes, signataires de la pétition, ne sont rien d'autres que des antennes du SNJ. Cela expliquant cela. Alors, avant de vous précipiter sur la pétition en la signant, réfléchissez-y à deux fois :wink:
cilou
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Message non lu par cilou » 20 nov. 2008, 20:07

QUelques commentaires sur le document que tu cites
- Aujourd’hui, les 7 000 journalistes rémunérés à la pige voient leur ancienneté de carte de presse reconnue par les patrons. Hier, ils pouvaient travailler pendant des années sans qu’elle soit prise en compte.
A ma connaissance, la loi oblige déjà à reconnaître l'ancienneté des pigistes, comme de tous les salariés. Les patrons ne la respectaient peut-être pas, mais ils étaient dans l'illégalité. Si maintenant les accords consistent juste à obliger à respecter la loi, où va-t-on ?
Aujourd’hui, les journalistes rémunérés à la pige existent enfin dans leur entreprise : ils doivent être inscrits sur le registre unique du personnel. Hier, ils n’étaient pas intégrés dans le tableau des effectifs
Même commentaire. C'est déjà obligatoire. Victoire, on va faire appliquer la loi. Quelle avancée grandiose !!!
- Désormais, les journalistes rémunérés à la pige sont des citoyens à part entière dans l’entreprise, pouvant être électeurs ou éligibles lors des élections professionnelles du comité d’entreprise et des délégués du personnel.
Idem.
Je viens de participer à des élections du personnel. Lorsque l'accord pré-électoral proposé par l'employeur n'est pas bon, il est dénoncé par les syndicats, et la justice oblige à prendre en compte les pigistes. Là encore, où est l'avancée ?
- Aujourd’hui, les journalistes rémunérés à la pige ont droit aux visites médicales des salariés de l’entreprise. Hier, bien qu’elle soit inscrite dans le Code du travail, ils étaient exclus de la médecine du travail.
C'est dingue, même la CFDT le dit : c'était dans la loi, mais pas appliqué. Comment peut-on présenter le fait d'obliger à appliquer la loi comme une avancée. Pire, puisque les employeurs s'assoient sur le deoit du travail (une obligation forte, pourtant), comment imaginer qu'ils respectent un accord syndical ?
- Aujourd’hui, en cas de maladie, les journalistes rémunérés à la pige peuvent bénéficier d’un versement complémentaire de salaire à partir de 45 jours de maladie et d’une allocation maternité. Hier, en cas de longue maladie, ils ne touchaient pas de versements complémentaires avant 61 jours, et en cas de maternité, ils n’avaient pas droit à des allocations.
Là, la CFDT ment carrément. J'ai eu des indemnités lors de mon congé de maternité en tant que pigiste, et je ne suis pas la seule. J'imagine que c'est pareil pour la maladie (j'ai la chance de ne pas en avoir eu besoin, je n'ai pas pu vérifier).
Ca enlève toute crédibilité à l'ensemble du texte de la CFDT
La loi Cressard de 1974, fruit des luttes syndicales antérieures, n’avait pas rendu les droits des pigistes effectifs dans leur globalité. Trois années de négociations avec les patrons et un protocole d’étape effacent 35 années, où leur dignité et leurs droits de journalistes à part entière ont été bafoués.
Ben voyons. La loi existait, elle n'était pas appliquée, mais promis, à partir de maintenant, les employeurs vont être gentils. Et vive les bisounours.
Ce protocole d’étape n’est pas la fin du dialogue social. Il marque seulement l’état des discussions. Il acte ainsi tout ce qui reste à obtenir, sur lequel les patrons se sont engagés à poursuivre la négociation, notamment l’emploi des pigistes dits « réguliers ».
Maintenant que trois syndicats ont cédé, qu'ont-ils à offrir en échange pour continuer les négociations ? Comment espérer que les employeurs donneront quoi que ce soit, maintenant qu'ils ont obtenu ce qu'ils voulaient ? S'engager à négocier, ça ne veut rien dire :i je m'engage à discuter avec quelqu'un, ça ne veut pas dire que j'accepterai quoi que ce soit.
L’Union syndicale des journalistes CFDT restera vigilante à ce que les patrons tiennent leur engagement.
Comme elle a été vigilante sur la simple application de la loi ? Les employeurs tremblent.
Bien entendu, ce protocole d’étape ne porte en aucune façon atteinte aux accords d’entreprise ou aux usages qui sont plus favorables, (et pour lesquels la CFDT a constamment agi avec les salariés), chez Bayard Presse, ou chez Hachette, par exemple.
C'est sûr, ça va être facile, pour les syndicats de ces entreprises, lorsqu'il sera question de renégocier ces accords d'entreprise.

Lamentable !!!
cilou
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Message non lu par cilou » 20 nov. 2008, 20:22

archaud a écrit :Et où l'on voit bien ce que je ne cesse de dire : les syndicats, donc les journalistes permanents eux-mêmes, se foutent royalement des pigistes. Triste réalité, pas franchement nouvelle :lol:
Pas tous les syndicats, Archaud. Trois seulement l'ont signé.
cilou
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Message non lu par cilou » 20 nov. 2008, 20:26

archaud a écrit : - seront inscrits sur la liste du personnel ;
- pourront se présenter aux élections syndicales ;
- auront droit à la formation professionnelle ;
Rien de plus que la loi.
- c'est quoi, au clair, un pigiste permanent ?
Là aussi, plusieurs jurisprudences répondent déjà. Ca m'étonnerait que les employeurs accordent des conditions plus favorables que ce que les prud'hommes ont déjà acté.
- les conditions de licenciement.
idem
Nous sommes assez loin du tableau noir brossé par Fred-le-rouge :lol: , qui semble avoir mal ajusté sa propagande. :lol:
Nous sommes assez loin du tableau idylique présenté par Archaud-le-jaune, qui semble avoir cherché ses infos d'un seul côté seulement (tu dis avoir appelé la CDFT, très bien, as-tu appelé le SNJ ? Pour ma part, j'ai lu les argumentaires des deux côtés avant de me faire mon opinion).
Que proposent les syndicats non signataires, dont le SNJ ? De repousser sine die les négociations :lol:
Mieux vaut une absence d'accord (dans ce cas, force reste à la loi) qu'un accord défavorable, oui.
archaud
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Message non lu par archaud » 20 nov. 2008, 20:33

Les points que j'ai détaillés devront être appliqués OBLIGATOIREMENT dans toute entreprise de presse. Ils le sont déjà dans ta boîte ? Grand bien te fasse. Mais ce n'est hélas ! pas le cas de la plupart d'entre nous.
Je considère que cette clarification est un grand progrès ! Mais tu peux toujours estimer, comme certains syndicats absolutistes, que mieux vaut repousser sine die les négociations, au motif que toutes les demandes des journalistes ne sont pas satisfaites. Conclusion : il ne se passera jamais rien.
Désolé, mais le simple bon sens commande de signer les points sur lesquels syndicats et patronat sont d'accord, et de reprendre rendez-vous, dans quelques mois, pour rediscuter des points demeurés litigieux.

Bon, maintenant, tout en étant pigiste, si tu es déjà inscrite sur la liste du personnel, si tu as déjà la possibilité de faire partie d'une liste syndicale au sein de l'entreprise, si la formation éventuelle que tu envisages est déjà prise en charge par celle-ci, eh bien, je comprends que tu considères que tout ça équivaut à une avancée nulle. Personnellement, je ne le pense pas ; je me réjouis de cette avancée significative, à mes yeux.
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Message non lu par archaud » 20 nov. 2008, 20:39

Que proposent les syndicats non signataires, dont le SNJ ? De repousser sine die les négociations :lol:
Mieux vaut une absence d'accord (dans ce cas, force reste à la loi) qu'un accord défavorable, oui.[/quote]

Dans 5 ans ? 10 ans ? :lol: :lol:
archaud
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Message non lu par archaud » 20 nov. 2008, 20:43

Précision : je ne suis militant d'aucun syndicat. Je n'ai d'autre intérêt que celui d'un journaliste rémunéré à la pige.
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Message non lu par cilou » 21 nov. 2008, 08:43

archaud a écrit :Les points que j'ai détaillés devront être appliqués OBLIGATOIREMENT dans toute entreprise de presse. Ils le sont déjà dans ta boîte ? Grand bien te fasse. Mais ce n'est hélas ! pas le cas de la plupart d'entre nous.
Mais c'est déjà obligatoire !!! Relis la loi Cressard. Qu'apporte un accord qui ne fait que rappeler la loi ? En quoi aurons-nous plus de garantie que cette loi sera respectée ? Un employeur qui s'assied sur la loi s'assied aussi sur ce genre d'accord.
Je considère que cette clarification est un grand progrès ! Mais tu peux toujours estimer, comme certains syndicats absolutistes, que mieux vaut repousser sine die les négociations, au motif que toutes les demandes des journalistes ne sont pas satisfaites. Conclusion : il ne se passera jamais rien.
Il ne s'agit pas que toutes les demandes soient satisfaites. Il s'agit de ne pas céder sur des points importants en échange de rien du tout ou presque.
Désolé, mais le simple bon sens commande de signer les points sur lesquels syndicats et patronat sont d'accord, et de reprendre rendez-vous, dans quelques mois, pour rediscuter des points demeurés litigieux.
Une fois qu'on n'a plus rien à offrir, je ne vois pas comment on pourrait avoir gain de cause sur les points litigieux
Bon, maintenant, tout en étant pigiste, si tu es déjà inscrite sur la liste du personnel, si tu as déjà la possibilité de faire partie d'une liste syndicale au sein de l'entreprise, si la formation éventuelle que tu envisages est déjà prise en charge par celle-ci, eh bien, je comprends que tu considères que tout ça équivaut à une avancée nulle. Personnellement, je ne le pense pas ; je me réjouis de cette avancée significative, à mes yeux.
Je suis inscrite des électeurs et éligibles car je me suis battue pour ça avec les délégués du personnels. Ca n'est pas venu tout seul. Il ne faut pas se leurrer : accord ou pas, il faudra toujours se battre pour faire respecter nos droits.
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Message non lu par cilou » 21 nov. 2008, 08:46

archaud a écrit :Dans 5 ans ? 10 ans ? :lol: :lol:
En absence d'accord, il y a plein d'autres moyens de faire avancer nos droits, notamment par les jurisprudences. Ce sont bien les prud'hommes qui ont précisé ce que voulait dire "pigiste régulier", car des pigistes se sont battus pour faire respecter leurs droits, avec parfois l'aide des syndicats (contrairement à ce que tu affirmes, certains se soucient des pigistes). Ils ont ainsi pu faire avancer le droit des pigistes en général, bien plus que cet accord foireux ne pourrait le faire.
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